À 183,12 €, l’action Nvidia évolue sur une ligne de crête : d’un côté, un rythme d’expansion qui ne faiblit pas ; de l’autre, des interrogations grandissantes sur le financement de cette course à l’infrastructure. Entre les deux, le marché doit trancher ce qui relève du plan annoncé et ce qui relève du risque avéré.
La question politique s’invite dans le débat. Des succès électoraux démocrates au Texas ont ravivé la crainte de règles plus strictes encadrant l’intelligence artificielle, et les investisseurs s’interrogent désormais sur l’éventualité d’un Congrès sous contrôle démocrate, qui pourrait freiner le déploiement des centres de données. Aucune mesure n’a été adoptée : le facteur de tension tient à l’anticipation d’un durcissement des conditions d’investissement, non à une restriction confirmée.
San Jose accorde son feu vert, l’expansion se poursuit
Face à ces spéculations, un fait concret est venu contrebalancer le climat d’incertitude. Le 25 octobre, le conseil municipal de San Jose a rejeté un recours dirigé contre le permis accordé au site de Nvidia dans le nord de la ville, selon des informations de presse. Le projet peut donc avancer, avec une autorisation d’exploitation en centre de données allant jusqu’à 20 mégawatts. Une décision locale, certes, qui ne préjuge en rien d’une future réglementation fédérale — mais qui rappelle que les craintes actuelles portent sur un scénario, pas sur un blocage effectif.
L’industriel ne s’est d’ailleurs pas contenté d’attendre. Le 21 octobre, il a dévoilé, avec ses partenaires de la chaîne d’approvisionnement, un programme d’extension de ses capacités mondiales de production dédiées à l’infrastructure d’IA. En figure de proue : une avance de réservation de capacité de 1,1 milliard $ versée à King Yuan Electronics, portant sur des équipements de test et des installations aux États-Unis. La croissance ne dépend donc pas seulement des centres de données disponibles : elle se joue aussi en amont, sur la chaîne de fabrication — un maillon que d’éventuelles restrictions politiques n’affecteraient pas de la même manière.
Chez Meta, un partenariat qui mobilise aussi du capital
La dimension financière de cette expansion est tout aussi structurante. Il y a une semaine environ, Nvidia a annoncé son intention d’injecter 3 milliards $ dans l’offre d’actions de Meta. Le géant des réseaux sociaux prévoit en parallèle un déploiement élargi des systèmes NVIDIA Vera Rubin et des processeurs Vera, complétés par des composants réseau supplémentaires. Nvidia n’intervient donc plus seulement comme fournisseur de technologie : il accompagne l’opération en souscrivant à l’augmentation de capital.
Même logique du côté d’Oracle. Les deux groupes ont annoncé vouloir porter leurs OCI Superclusters équipés de NVIDIA Vera Rubin NVL72 à une échelle de plusieurs gigawatts, les systèmes et processeurs Vera étant désormais disponibles en général sur OCI. La technologie est là ; l’ampleur annoncée, elle, reste à concrétiser.
Melius maintient son conseil, mais rabote sa cible
C’est précisément ce décalage entre promesses de capacité et réalité économique que les analystes scrutent. Lundi, Melius Research a reconduit sa recommandation d’achat sur le titre tout en ramenant son objectif de cours de 420 $ à 315 $. Le cabinet identifie comme principal risque de marché le volume des émissions de titres auxquelles les grands groupes technologiques pourraient recourir pour financer leurs dépenses dans l’IA. À ses yeux, les couvertures de financement pourraient peser sur les multiples de valorisation jusqu’en 2028. Recommandation positive et cible abaissée ne sont donc pas contradictoires : la conviction demeure, l’étalon de valorisation, lui, a été revu à la baisse.
Un autre dossier mérite nuance. Reuters a relayé hier un article du Financial Times selon lequel Nvidia demanderait à ses partenaires de centres de données de réduire leur dépendance aux clients chinois. L’agence n’a pas pu confirmer cette information de façon indépendante : impossible, en l’état, d’en tirer une nouvelle consigne d’entreprise établie.
Reste un rendez-vous commun à tous ces enjeux. Le 17 novembre 2026, Nvidia tiendra une conférence téléphonique consacrée aux résultats du troisième trimestre de son exercice 2027, une période close le 25 octobre. Les chiffres diront si l’élan opérationnel valide les ambitions affichées. D’ici là, la frontière à garder en tête est claire : les capacités annoncées dessinent une direction, les inquiétudes de financement relèvent d’une appréciation d’analyste, et seule la publication à venir mesurera le chemin réellement parcouru.
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