Le titre Nvidia a subi une sévère correction vendredi, perdant 5,42 % pour clôturer à 178,08 euros. Mais au‑delà de ce repli, c’est le calendrier de la semaine qui concentre l’attention des investisseurs. Deux événements majeurs se profilent : la publication des indicateurs d’inflation américaine mardi et mercredi, et surtout la convocation du PDG Jensen Huang devant le Sénat le 11 juin. Le croisement de ces risques macroéconomiques et politiques place le titre dans une configuration technique délicate, autour de la moyenne mobile à 50 jours (174,40 euros).
Une semaine à double détente pour les taux et la politique
Les chiffres de l’inflation constituent le premier catalyseur. Le 10 juin, les autorités américaines publieront les prix à la consommation pour mai, suivis le lendemain des prix à la production. Ces données façonneront les attentes sur la prochaine décision de la Réserve fédérale, attendue le 17 juin. Pour une valeur technologique fortement valorisée comme Nvidia, la pression sur les taux longs est un facteur de volatilité supplémentaire.
Mais le risque politique s’impose désormais comme le principal nuage. Le 11 juin, Jensen Huang est convoqué par la sénatrice Elizabeth Warren devant la commission bancaire du Sénat. Parallèlement, plusieurs enquêtes du département de la Justice américain visent des contournements présumés des restrictions à l’exportation. Des centaines de milliers de puces H100 et H200 auraient été détournées vers des entités liées à la Chine via des filiales malaisiennes, pour un montant estimé à 160 millions de dollars. Le département du Commerce a récemment colmaté une brèche réglementaire qui permettait à des entreprises proches de la Chine d’accéder aux GPU Blackwell et Rubin sans licence.
Un impact direct sur la visibilité des revenus
Si la performance opérationnelle de Nvidia reste éclatante – le chiffre d’affaires du dernier trimestre atteint 81,6 milliards de dollars, dont 75,2 milliards pour le seul segment data center –, c’est la prévision qui inquiète. Pour le deuxième trimestre de l’exercice 2027, le groupe n’intègre aucun revenu data center en provenance de Chine. L’un des plus grands marchés de l’IA au monde est ainsi traité comme une variable trop incertaine pour figurer dans les plans officiels. Nvidia le reconnaît dans ses documents SEC : les restrictions à l’exportation limitent sa capacité à commercialiser ses technologies et créent un désavantage concurrentiel.
Le soutien technique des 174 euros en ligne de mire
Sur le plan graphique, le recul de vendredi a ramené l’action à moins de deux pour cent de sa moyenne mobile à 50 jours. Le RSI s’établit à 45,3, signalant une zone neutre. Si le seuil des 174,40 euros venait à céder, la volatilité – actuellement supérieure à 43 % – pourrait s’emballer. À l’inverse, le titre conserve une marge de sécurité par rapport à la moyenne à 200 jours (+10,29 %). Le marché semble digérer la prime politique sans remettre en cause la thèse fondamentale de l’IA.
Wall Street reste confiante, mais le regard change
Malgré les tensions, le consensus des analystes demeure très positif. Selon S&P Global, 62 analystes recommandent « achat fort » avec un objectif médian de 258,67 euros, soit un potentiel de 45,3 % par rapport au cours de clôture de vendredi. Needham, DA Davidson et Tigress Financial ont réitéré leurs ratings respectifs les 2 juin, 1ᵉʳ juin et 27 mai 2026, soit après le durcissement des règles d’exportation. La thèse du cycle d’infrastructure IA reste intacte, même si la politique rogne désormais les marges de croissance.
Nvidia mise sur l’IA physique pour ouvrir de nouveaux fronts
En parallèle des enjeux géopolitiques, la société accélère sa diversification. La conférence CVPR, qui s’est achevée dimanche à Denver, a mis en lumière ses ambitions dans la robotique et la conduite autonome. Nvidia y a présenté 59 travaux de recherche et 42 codes logiciels. Un atelier dédié à la commercialisation de la conduite autonome a réuni industriels et développeurs. Le groupe veut prolonger sa domination du data center vers l’IA physique. Cette orientation se traduit déjà dans sa nouvelle structure de reporting, avec un segment « Edge Computing » distinct, couvrant PC, robots et véhicules.
Les prochains jours diront si le marché intègre ces avancées comme un contrepoids suffisant face aux incertitudes politiques. D’ici le 11 juin, c’est la zone des 174,40 euros qui servira de baromètre entre une simple digestion et un véritable changement de perception.
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