À moins de deux semaines de la publication de ses résultats du deuxième trimestre fiscal, Nvidia cristallise toutes les attentions. Le marché attend environ 91 milliards de dollars de revenus, un chiffre qui servira de test décisif : la récente vigueur du titre repose-t-elle sur des fondamentaux solides ou sur un simple effet d’anticipation ? La réponse tombera le 26 août, et d’ici là, chaque annonce pèse sur la trajectoire du géant de Santa Clara.
Un virage stratégique qui interroge Wall Street
Le groupe ne se contente plus de concevoir des processeurs. Début de semaine, Nvidia a officialisé la création de plateformes de financement indépendantes avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR. L’objectif affiché : lever plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers pour l’infrastructure dédiée à l’intelligence artificielle, adossés à ses capacités de calcul. Une ambition qui a d’abord inquiété les investisseurs, le titre cédant environ 2,5 % — soit quelque 130 milliards de dollars de capitalisation évaporés — sur des craintes de concentration des risques.
Cette appréhension n’a pas ébranlé Jensen Huang. Le patron de Nvidia maintient que les ventes cumulées des architectures Blackwell et Rubin devraient atteindre au moins 1 000 milliards de dollars entre 2025 et 2027. Le groupe estime par ailleurs que la demande liée à l’IA contribuera à hauteur d’environ 485 milliards de dollars au PIB américain sur la seule année civile 2026.
Une demande qui ne se dément pas
Côté terrain, les signaux restent positifs. Selon le Financial Times, Nvidia est à l’origine d’un contrat de location de 50 milliards de dollars pour un centre de données au Texas, complété par des baux portant sur le site de 1 gigawatt de Hut 8 dans le même État. Ces projets d’infrastructure témoignent d’une planification des capacités qui s’étend bien au-delà de l’exercice en cours.
La demande dépasse d’ailleurs le cercle traditionnel des hyperscalers américains. Alibaba a ainsi intégré un cluster de puces Nvidia dans le cadre d’un accord de calcul avec Moonshot. Et Elon Musk a annoncé que SpaceX utiliserait exclusivement la future plateforme Vera Rubin — un gage de crédibilité pour un produit que certains pourraient encore considérer comme une simple annonce.
Côté production, TSMC fabrique désormais les wafers Blackwell à grande échelle dans son usine de Phoenix, en Arizona, un choix chargé de sens dans un climat de tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Des nuages qui s’accumulent en parallèle
Le tableau n’est pas exempt d’ombres. Les autorités taïwanaises ont retenu un employé de Nvidia dans le cadre d’une enquête visant Super Micro, pour des soupçons de contrebande de puces. Washington, de son côté, a interdit de nouveaux robots humanoïdes chinois — un rappel que l’activité du groupe demeure étroitement liée aux arbitrages géopolitiques.
À cela s’ajoutent des ventes d’initiés : sur les 90 derniers jours, les dirigeants ont cédé pour environ 410,6 millions de dollars d’actions, dont des transactions notables du directeur Mark A. Stevens. Un mouvement classique dans les sociétés en forte croissance, mais qui alimente le débat entre euphorie et prises de bénéfices.
Des fondamentaux techniques en pleine mutation
Sur le plan technologique, les prochains racks de serveurs « Vera Rubin » NVL72, dont le nom de code est Oberon, devraient embarquer 288 gigaoctets de mémoire HBM4 par GPU. Le coût de cette mémoire représenterait 62 % du coût total de la nomenclature — un indicateur éloquent du glissement de la valeur ajoutée du calcul pur vers la conception système et mémoire.
Le logiciel n’est pas en reste, avec Nemotron 3.5 Lightning et NeMo Switchyard, destinés à accélérer les flux d’« IA agentique », tandis que le partenariat avec F5 intègre les garde-fous de NeMo pour renforcer la sécurité des déploiements d’entreprise. Nemotron 4, un grand modèle visant à consolider la pile logicielle open source, complète cette stratégie de plateforme.
Une trajectoire boursière en dents de scie
Le titre a clôturé à 194,68 euros, en hausse de 3,3 % — ou 3,2 % selon les sources —, se rapprochant ainsi de son plus haut sur 52 semaines de 202,50 euros, touché à la mi-mai. Il s’en trouve désormais à environ 3,9 %. Le rebond depuis le plus bas annuel de septembre atteint 39 %, avec une volatilité annualisée de 39 % qui rappelle que les oscillations font partie du jeu, surtout à l’approche des résultats.
La capitalisation boursière avoisine les 4 699,87 milliards d’euros. Un niveau qui traduit la perception d’un acteur devenu systémique pour l’économie de l’IA, bien au-delà de son métier d’origine.
BofA Securities avait d’ailleurs évoqué début août un bond des ventes et des prévisions optimistes pour le deuxième trimestre fiscal, en s’appuyant sur les livraisons de Vera Rubin et la solidité des investissements cloud. Une analyse datée de plusieurs semaines, à lire comme un élément d’une attente alors largement partagée plutôt que comme une opinion actualisée.
Reste l’échéance du 26 août. Entre les partenariats financiers inédits, les contrats d’infrastructure massifs et les contentieux naissants, Nvidia devra prouver qu’il peut tenir le rythme que ses propres projections imposent. La suite de la rallye de l’IA en dépendra.
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