Alors que Nvidia s’apprête à franchir un cap stratégique avec l’entrée sur le marché des processeurs pour PC Windows, un signal discordant vient troubler le tableau : les tarifs de location de ses puces H200 se sont effondrés de 40 % en trois semaines, passant de sept à environ quatre dollars de l’heure. Cette double actualité, qui mêle expansion et pressions sur le cœur de métier, devrait dominer les discussions autour du titre cette semaine, à l’occasion des conférences Computex à Taïpei et Build à San Francisco.
L’offensive PC repose sur une architecture Arm inédite, qui intègre CPU, GPU et unité de calcul dédiée à l’intelligence artificielle dans un seul et même composant, à l’image du modèle des puces M d’Apple. Selon des informations de presse, Microsoft et Nvidia prévoient de dévoiler les premiers ordinateurs Windows équipés de ces processeurs, potentiellement au sein de la gamme Surface et chez d’autres constructeurs comme Dell. Les réseaux sociaux de Windows, Nvidia et Arm ont d’ailleurs publié simultanément un message annonçant « A new era of PC », accompagné de coordonnées pointant vers le Taipei Music Center, où se tient parallèlement la conférence GTC de Nvidia. Ni le groupe de Jensen Huang ni Microsoft n’ont officiellement commenté ces informations.
Cette poussée sur les PC intervient alors que le segment des centres de données, qui génère l’essentiel des revenus, connaît un mouvement de bascule générationnel. Les hyperscalers délaissent progressivement l’architecture Hopper (H200) au profit des nouvelles puces Blackwell B200 et GB200. Ce transfert de demande explique la chute brutale des prix de location des H200. Malgré tout, l’activité data center affiche une santé insolente : au premier trimestre fiscal, elle a représenté 75,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit une progression de 92 % sur un an. Au total, Nvidia a enregistré un record de 81,6 milliards de dollars de ventes, en hausse de 85 %.
Face à ce déséquilibre apparent, la direction a réorganisé sa communication en deux pôles : Data Center et Edge Computing. Ce dernier regroupe les PC, les consoles de jeu, les stations de travail, la robotique et l’automobile. Au cours du trimestre écoulé, il a généré 6,4 milliards de dollars, soit 29 % de plus qu’un an plus tôt. L’enjeu pour Nvidia est de faire de l’Edge bien plus qu’un complément, en transformant la capacité d’inférence locale en un relais de croissance tangible. Le groupe a d’ailleurs renforcé son portefeuille d’investissements, porté à 18,4 milliards de dollars, dont une participation de 3,65 milliards dans l’infrastructure cloud CoreWeave.
Côté Bourse, le titre évolue à 181,40 euros, à près de 10 % de son plus haut annuel de 201,05 euros atteint à la mi-mai. Depuis le début de l’année, l’action gagne 12,6 %. Les analystes fixent un objectif de cours médian à 258 euros, certains allant jusqu’à 425 euros. Sur le plan technique, les supports se situent à 172,60 euros et 161,10 euros. La capitalisation boursière avoisine les 5 150 milliards de dollars, un niveau qui laisse peu de place à l’erreur : chaque extension crédible dans un marché périphérique sera scrutée.
Les annonces attendues cette semaine à Taïpei et San Francisco devront apporter des réponses concrètes sur les partenaires, le calendrier de lancement, les performances et le support logiciel. Au-delà d’un simple teaser produit, c’est la capacité de Nvidia à étendre son écosystème d’intelligence artificielle au-delà des serveurs et jusque dans les ordinateurs du quotidien qui se joue. Le pari est audacieux, mais le chemin vers une contribution significative de l’Edge Computing aux comptes du groupe reste semé d’incertitudes.
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