Alors que le titre Nvidia vient de récupérer sa couronne de première capitalisation boursière mondiale, avec 4,86 billions de dollars — soit environ 4.444,49 milliards d’euros — une nouvelle contrainte technique vient compliquer l’équation du leader des puces d’intelligence artificielle. Selon les informations du site spécialisé The Information, le groupe californien étudierait au moins trois configurations de son futur processeur Rubin-Ultra avec une mémoire réduite par rapport au teraoctet de HBM4E initialement prévu par puce. Face à la pénurie de mémoire à haute bande passante (HBM) et à la flambée des prix qui en découle, Nvidia envisagerait désormais des déclinaisons en HBM4E en empilement 8-Hi, ainsi que des variantes HBM4 en 8- et 12-Hi. Une mémoire allégée par composant contraindrait les clients à acquérir davantage d’unités pour faire tourner leurs grands modèles de langage — une perspective qui pourrait profiter à des fournisseurs comme Micron. La présentation, le 4 août, d’un nouveau standard HBF par SK Hynix et SanDisk a encore ravivé les discussions sur la tension qui règne sur ce segment.
Une orchestration commerciale millimétrée
Le timing de ces révélations n’a rien d’anodin. Nvidia s’apprête à lancer au troisième trimestre fiscal la production de sa plateforme Vera Rubin, cette architecture que Jensen Huang, le directeur général, présente comme le socle d’un chiffre d’affaires cumulé de 1.000 milliards de dollars d’ici 2027. La feuille de route s’accélère : fin mai, le groupe annonçait que l’architecture était entrée en production de masse, gravée en 3 nanomètres par TSMC et équipée de piles mémoire HBM4. Mi-juin, un dirigeant de Quanta Computer confirmait que les premières unités en série du processeur graphique Rubin — désigné en interne R200/VR200 — devaient arriver chez les clients dès août. D’abord la maturité industrielle, ensuite les premières livraisons, et voilà qu’un client d’envergure s’engage publiquement : SpaceX a promis de bâtir exclusivement son infrastructure de calcul sur la technologie Nvidia, avec un objectif de plus de deux gigawatts de puissance installée d’ici fin 2026 et environ dix gigawatts à l’horizon 2027. Des volumes qui évoquent davantage un énergéticien qu’un client technologique classique. Les équipes de Melius estiment que les seuls deux premiers gigawatts de capacité additionnelle chez SpaceX pourraient représenter près de 100 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour Nvidia. Dans le même temps, le groupe positionne sa puce Vera Rubin sur le marché des processeurs pour l’IA dite « agentique », un segment dont le volume potentiel est évalué à 200 milliards de dollars.
Wall Street a pris la mesure du mouvement. Mardi, JPMorgan et Citi ont relevé leurs objectifs de cours, s’appuyant sur les solides résultats cloud d’Amazon et Microsoft, interprétés comme un feu vert pour la poursuite des investissements dans les infrastructures d’IA. D’autres établissements ont emboîté le pas ces derniers jours. Le consensus affiche désormais 58 recommandations d’achat, deux conservations et une vente, avec un objectif moyen de 302,83 dollars.
Une valorisation qui divise toujours
Le débat sur le prix de l’action n’a pourtant pas disparu. Le ratio cours sur bénéfices sur douze mois glissants ressort à environ 33, contre 24 pour la moyenne du S&P 500. Les partisans de la prime soulignent une marge nette de quelque 63 %, à comparer aux 13 % du marché dans son ensemble. Les sceptiques, eux, peuvent s’appuyer sur la présence de Michael Burry, l’investisseur rendu célèbre par la crise des subprimes, qui détient une position short et a récemment qualifié l’entreprise de « mafieuse ». Les initiés, par ailleurs, ont enregistré sur la période 26 transactions nettes vendeuses. Le conseil d’administration n’est pas en reste : fin juin, Mark A. Stevens, membre du conseil, a cédé 885.000 actions pour environ 186 millions de dollars, selon une déclaration à la SEC. Des opérations classiques pour un dirigeant de longue date, mais qui tempèrent le récit purement euphorique.
Le titre, lui, a effacé une bonne partie de ses dégâts récents. Après le repli provoqué il y a un peu plus d’une semaine par les révélations sur la structure de financement d’OpenAI, l’action a rebondi d’environ 9,0 %. Vendredi, elle clôturait à 189,82 euros, à 6,26 % de son plus haut sur 52 semaines touché le 14 mai — l’autre source la donne à 190,04 euros, soit 6,15 % sous ce sommet. Une différence de quelques centimes qui trahit surtout la volatilité du moment.
Le calendrier s’annonce chargé
Les investisseurs devront patienter jusqu’au 26 août pour le prochain rendez-vous majeur : la publication des résultats du deuxième trimestre fiscal 2027. Le groupe a déjà indiqué viser un chiffre d’affaires d’environ 91 milliards de dollars et une marge brute de l’ordre de 75 %. D’ici là, les discussions sur les pénuries de mémoire, la valorisation et le scepticisme de certains shortsellers devraient continuer d’animer les débats. La conférence GTC Europe, prévue du 20 au 22 octobre à Berlin, permettra ensuite de découvrir la feuille de route technologique complète. Après les annonces de la SIGGRAPH en juillet — où Nvidia a présenté de nouvelles méthodes de rendu neuronal et des modèles de « Physical AI » pour la robotique — la capitale allemande montrera à quel point le groupe s’est éloigné de son métier d’origine. La question n’est plus de savoir si Nvidia vendra des puces, mais combien d’industries finiront par se construire sur son architecture.
Publicité
Actions Nvidia: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Nvidia et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Nvidia entièrement gratuite : En savoir plus ici !

