La stratégie de Nvidia dépasse désormais le simple métier de fabricant de puces. Le groupe californien s’est mué en architecte d’un écosystème où la finance, la technologie et la géographie s’entremêlent. La preuve la plus récente ? Une coalition inédite réunissant Apollo Global Management, Blackstone, BlackRock, Brookfield Asset Management, Goldman Sachs et KKR, capable de mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars pour financer des centres de données et des équipements d’IA destinés aux clients de Nvidia. Les partenaires ont promis des pools de capitaux dédiés « d’ampleur significative à des conditions attractives ».
Cette annonce s’inscrit dans une séquence effrénée de mégadeals. Fin juillet, Nvidia a pris une participation de 5 milliards de dollars dans Safe Superintelligence Inc., selon Bloomberg, tout en scellant un partenariat de long terme avec le laboratoire d’Ilya Sutskever. Quelques jours plus tôt, le groupe sud-coréen SK Group et Nvidia dévoilaient un projet de coopération dépassant également les 500 milliards de dollars : SK Telecom doit construire une usine d’IA de 2 gigawatts basée sur la plateforme Vera Rubin de Nvidia, avec SK hynix comme partenaire pour la mémoire de nouvelle génération, dont la HBM4. La première installation est attendue pour 2027.
Une présence qui s’étend bien au-delà des pôles technologiques traditionnels
Pendant que les projecteurs se braquent sur ces montages financiers spectaculaires, Nvidia avance aussi sur des terrains plus discrets. Firebird a inauguré en Arménie la plus grande usine d’IA de la région CEI, équipée de technologies Nvidia. Aux États-Unis, le groupe participe au programme « State and Regional AI Infrastructure Hubs » de la National Science Foundation, destiné à élargir l’accès à la puissance de calcul, aux données et aux logiciels en dehors des métropoles technologiques habituelles.
Ces initiatives paraissent modestes à côté du milliard de dollars qui circule dans les grandes manœuvres financières. Elles n’en constituent pas moins l’autre versant d’une même ambition : devenir le standard partout où se calculera l’IA de demain, pas seulement chez les géants du cloud. La firme a d’ailleurs élargi son offre produit le 7 août avec Alpamayo 2 Super, un modèle d’IA ouvert destiné aux véhicules autonomes et aux robotaxis, publié sous licence OpenMDW-1.1 de la Linux Foundation.
Un titre qui a encaissé, puis rebondi
La réaction boursière au consortium de financement a d’abord été nerveuse. Le titre a cédé environ 2,4 % dans les premiers échanges, après une progression de 5,6 % sur les cinq séances précédentes. Les investisseurs s’interrogeaient sur les risques de concentration et sur la circularité potentielle d’un montage où Nvidia pourrait, en dernier recours, garantir jusqu’à 125 milliards de dollars — soit 25 % des transactions envisagées — selon les déclarations de Jensen Huang. Un chiffre qui a pu inquiéter davantage qu’il n’a rassuré.
La tendance s’est depuis inversée. À Francfort, l’action a clôturé à 195,34 euros, en hausse de 0,4 %, et se négocie actuellement autour de 195,80 euros. Le titre évolue environ 3,5 % sous son record de 202,50 euros atteint le 14 mai, mais affiche une avance de 16 % sur sa moyenne mobile à 200 jours — un écart qui traduit une révision significative des attentes ces derniers mois. Il surperforme également sa moyenne à 50 jours (179,47 euros) de 9,1 %. Depuis le 1er janvier, la progression atteint 22 %, et le titre reste 40 % au-dessus de son plus bas annuel de septembre.
Le rendez-vous du 26 août
Tous les regards se tournent désormais vers le 26 août, à 14 heures, heure du Pacifique. Nvidia dévoilera ce jour-là ses résultats du deuxième trimestre de l’exercice 2027, clos le 26 juillet. Le groupe a communiqué une prévision de chiffre d’affaires de 91,0 milliards de dollars, avec une marge de fluctuation de plus ou moins 2 %.
Les attentes sont élevées. Wells Fargo a réaffirmé début août sa recommandation « Overweight » avec un objectif de cours de 315 dollars. Les analystes de Seeking Alpha ont également relevé leur opinion la semaine dernière, invoquant la montée en puissance de la plateforme d’IA et une valorisation jugée attractive. Selon une enquête de S&P Global portant sur 61 analystes, la recommandation consensuelle reste « Strong Buy », avec un objectif moyen de 302,83 dollars.
Un bémol toutefois : les transactions d’initiés. Sur les 90 derniers jours, 13 opérations ont été recensées, toutes des ventes, pour un volume cumulé d’environ 767,2 millions de dollars. Mark A. Stevens, membre du conseil d’administration, figure parmi les cédants les plus actifs. Un contrepoint discret à l’euphorie ambiante, qui rappelle que la question centrale — la durabilité de la demande de puissance de calcul sur la durée des contrats — ne trouvera pas sa réponse dans les montages financiers, aussi colossaux soient-ils.
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