À 177,28 euros, l’action Nvidia a clôturé vendredi exactement sur sa moyenne mobile à 50 jours. Ce palier traduit une pause après des mois de spéculation effrénée. Pourtant, sous cette surface calme, le groupe californien déploie une double manœuvre stratégique : d’un côté, des contrats d’infrastructure d’une ampleur inédite ; de l’autre, un processeur conçu pour contourner l’étau américain sur la Chine.
Les mégacontrats qui transforment le modèle
Nvidia ne se contente plus de vendre des puces. Il construit désormais les gigafactories de l’intelligence artificielle. En Australie, Sharon AI Holdings a signé un accord portant sur 72 mégawatts de capacité de calcul, alimentés par des dizaines de milliers de GPU dernier cri. En Corée du Sud, le groupe SK prévoit d’ici fin 2027 un centre abritant plus de 50 000 processeurs graphiques.
Mais les sommes les plus vertigineuses viennent des acteurs du cloud. D’après des informations concordantes, Anthropic verse déjà plus de 1,2 milliard de dollars par mois pour utiliser le cluster Colossus. Et à partir de l’automne 2026, Google déboursera à son tour 920 millions de dollars mensuels pour accéder à quelque 110 000 processeurs Nvidia.
Ces accès à la puissance de calcul par abonnement rappellent les contrats du secteur de l’énergie – une transformation que SpaceX accélère en intermédiant des capacités de leasing massives.
L’IA physique et le défi de l’énergie
Parallèlement, Nvidia investit l’IA physique. Depuis le début juin, une collaboration avec le groupe LG vise à embarquer les plateformes Isaac et GR00T dans des robots domestiques et des véhicules autonomes. Les grands modèles de langage commencent à piloter des machines réelles, ce qui pose un obstacle physique : l’électricité.
Les nouveaux systèmes Blackwell répondent à ce goulot d’étranglement : ils traitent vingt fois plus d’agents d’IA par mégawatt que la génération précédente. Un gain d’efficacité crucial alors que les dépenses mondiales en centres de données devraient atteindre au moins 630 milliards de dollars en 2026.
La Chine par la petite porte
Sur le marché chinois, Nvidia joue une partie plus subtile. Le bannissement des GPU haut de gamme a ramené sa part de marché à zéro, selon son PDG Jensen Huang. Mais dès août, les commandes pour le nouveau processeur Vera sont ouvertes. Cette CPU pour serveurs, qui assure des tâches de base comme les requêtes de bases de données, n’est pas soumise aux restrictions américaines.
Le pari est de garder un pied dans le plus grand marché asiatique, même si les géants locaux – Alibaba, Tencent, Baidu – montent en puissance avec leurs propres puces. La direction reste prudente : les prévisions de chiffre d’affaires pour le deuxième trimestre, à 91 milliards de dollars, n’intègrent aucune contribution du segment chinois des centres de données. Chaque Vera vendu serait donc un bonus pur.
Une machine à cash généreuse
Le levier financier, lui, est colossal. Au premier trimestre, Nvidia a dégagé un chiffre d’affaires record de 81,6 milliards de dollars, dont environ 20 milliards redistribués aux actionnaires. Le 26 juin, la société verse un dividende trimestriel relevé à 25 cents par action – soit une augmentation de 2 400 %. S’y ajoute un programme de rachat d’actions de 80 milliards de dollars, déjà approuvé par le conseil et portant la capacité totale à près de 120 milliards. Les actionnaires voteront sur la feuille de route lors de l’assemblée générale virtuelle du 24 juin.
Le marché digère la pause
En Bourse, le titre a cédé 8,5 % sur un mois et se situe 12 % sous son plus haut annuel à 202,50 euros. Le RSI de 45,6 signale une configuration neutre. Les analystes y voient une respiration saine : le cours moyen cible atteint 258,25 euros, et le cycle produit s’accélère. Au troisième trimestre 2026, la plateforme « Vera Rubin » entrera en production, avec une nouvelle CPU Vera destinée, cette fois, à conquérir le marché chinois malgré les contrôles à l’exportation. Si l’opération réussit, Nvidia scelle son rôle de colonne vertébrale de la prochaine révolution industrielle.
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