L’action Nvidia trébuche en cette mi-année, malgré des résultats opérationnels toujours spectaculaires. À 168,80 euros, le titre accuse un repli de 7 % sur les trente derniers jours et s’éloigne de près de 17 % de son record de mai. Le marché semble avoir basculé dans une phase de défiance, mais les causes profondes de cette correction sont moins à chercher du côté de la demande que dans deux goulets d’étranglement bien réels : la disponibilité des mémoires haute performance et les restrictions géopolitiques à l’export.
La pénurie de HBM3E freine le lancement du Blackwell B200
Le cœur du problème se niche dans l’approvisionnement en High-Bandwidth Memory de troisième génération, le HBM3E. Ce composant est indispensable au nouveau processeur graphique Blackwell B200, dont la production est désormais conditionnée par les livraisons de SK Hynix et de Micron Technology. Or les deux fabricants annoncent d’ores et déjà un carnet de commandes rempli pour 2026. La conséquence est immédiate : la raréfaction des puces mémoire entraîne une hausse des coûts dans toute l’industrie électronique, et les marges de Nvidia pourraient en pâtir.
Parallèlement, les prix de location des cartes B200 ont commencé à fléchir, un signal qui alimente les craintes d’une érosion des marges bénéficiaires. Les investisseurs, eux, réorientent leurs capitaux vers des valeurs de stockage et de CPU, en quête des prochains goulots d’étranglement du secteur. La situation est d’autant plus tendue que la politique américaine interdit l’exportation des processeurs les plus avancés vers la Chine – un marché colossal qui se ferme, comme l’a rappelé le PDG Jensen Huang en insistant sur la priorité de la sécurité nationale.
La réponse technologique : quantique et robotique en embuscade
Tandis que le court terme est sous pression, le management prépare activement les relais de croissance de demain. L’architecture NVQLink constitue la première pierre de cette offensive. Elle permet de connecter directement des processeurs quantiques aux GPU de Nvidia, ouvrant la voie à un calcul hybride en temps réel. Des instituts comme le MIT ou le Los Alamos National Laboratory l’utilisent déjà. Le partenaire français Quandela a ainsi réduit les latences de 5 000 à seulement 30 millisecondes. L’Europe, de son côté, prévoit de déployer des dizaines de supercalculateurs fondés sur cette architecture.
Dans un registre différent mais tout aussi prometteur, la robotique devient un axe stratégique majeur. Avec les plateformes Isaac GR00T (pour les robots humanoïdes) et Jetson Thor, Nvidia fournit l’infrastructure logicielle et matérielle sans construire lui-même les machines. Le nouveau logiciel Halos vient renforcer la sécurité des robots travaillant aux côtés des humains. Les analystes estiment que le marché des robots humanoïdes pourrait atteindre 200 milliards de dollars d’ici 2035.
Des fondamentaux toujours aussi robustes
Si la Bourse boude, les comptes, eux, restent flamboyants. Au dernier trimestre, le chiffre d’affaires total a bondi de 85 %, à 81,6 milliards de dollars, porté par une croissance encore plus soutenue de la division centres de données. Le management projette pour les exercices 2026 et 2027 des revenus cumulés de mille milliards de dollars, issus uniquement des générations Blackwell et Vera Rubin. Une telle performance justifierait, selon plusieurs bureaux d’études, une rapide revalorisation du titre.
Les objectifs de cours affichés par les grandes banques témoignent de ce potentiel : Bank of America table sur 350 dollars, Morgan Stanley sur 288, Goldman Sachs sur 285, JPMorgan et UBS sur 280. La moyenne des anticipations s’établit à 262,37 euros, soit un upside de plus de 50 % sur le cours actuel.
L’agenda macro et technique de la semaine
La nouvelle semaine sera ponctuée de rendez-vous économiques américains susceptibles d’influer sur le moral des investisseurs : les offres d’emploi JOLTS mardi, l’indice ISM manufacturier mercredi, puis le rapport sur l’emploi jeudi. En parallèle, Nvidia interviendra au AWS Summit de Washington et au Davos Tech Summit en Suisse.
Sur le plan technique, le Relative-Strength-Index, à 38,2, confirme un ralentissement de la dynamique. Mais le titre affiche encore un solide gain annuel à douze mois. La question qui agite le marché est désormais simple : Nvidia parviendra-t-il à surmonter la contrainte physique de la mémoire tout en capitalisant sur ses nouvelles frontières – quantique et robotique – pour franchir un nouveau palier ?
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