Le géant des semi-conducteurs vient de livrer des résultats qui feraient pâlir d’envie n’importe quel concurrent : 96,2 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre fiscal, soit une progression de 106 % sur un an, accompagnée d’une marge brute de 75,0 %. Pourtant, la réaction du marché reste étonnamment mesurée, l’action ne gagnant que 1,4 % depuis la publication de mercredi dernier. Comme si les investisseurs, habitués à l’excellence, en attendaient toujours davantage.
Une plateforme qui monte en puissance chez les hyperscalers
Le cœur de la dynamique actuelle repose sur la plateforme Vera Rubin, dont les racks tournent déjà en conditions réelles chez cinq opérateurs cloud majeurs : CoreWeave, Google Cloud, Microsoft Azure, Oracle Cloud Infrastructure et Nebius. Cette montée en charge s’accompagne d’une diversification des débouchés, avec la production en volume du Groq 3 LPX, un accélérateur destiné à l’inférence interactive, et l’adoption des processeurs Vera par SpaceXAI pour ses applications d’IA agentique.
Les partenariats se multiplient également : MediaTek voit sa collaboration avec Nvidia s’étendre aux infrastructures d’IA, au calcul local et à l’automobile, tandis que la coopération avec AWS s’élargit pour répondre à la demande mondiale. Une stratégie d’écosystème qui élargit la base de clients et réduit la dépendance à un seul débouché.
Le défi de la guidance et la question des marges
Le véritable test se jouera pourtant sur le trimestre à venir. Nvidia table sur 108,0 milliards de dollars de revenus, ce qui impliquerait une croissance séquentielle d’environ 18 % – exactement le rythme observé entre le premier et le deuxième trimestre. Un maintien de cette cadence validerait la thèse d’un cycle de demande structurel pour l’infrastructure d’IA. Un ralentissement marqué, en revanche, exposerait la valorisation à un examen plus sévère.
Les signaux ne sont pas tous au vert. La marge brute anticipée de 74,0 % pour le troisième trimestre marque un léger repli par rapport aux 75,0 % enregistrés précédemment. Les investissements massifs dans les nouvelles plateformes et les acquisitions commencent à peser sur la rentabilité. La volatilité annualisée sur 30 jours, qui atteint 45 %, rappelle par ailleurs que le titre reste exposé à des mouvements brusques dans les deux sens.
Une acquisition qui interroge la discipline financière
L’annonce jeudi du rachat de Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars ajoute une dimension nouvelle au débat. La transaction, dont la finalisation n’est pas attendue avant le premier semestre 2027, prévoit 11,9 milliards de dollars pour les actionnaires et un milliard dédié à la fidélisation des employés. Nvidia s’est engagée à maintenir la plateforme ouverte, sans imposer sa propre puissance de calcul, une promesse destinée à rassurer une communauté de développeurs attachée à la neutralité technologique.
Pour certains observateurs, ce mouvement soulève une question légitime : la croissance organique suffit-elle encore, ou le groupe doit-il désormais acheter son accès à l’écosystème développeur ? La réponse conditionnera la perception de la discipline capitalistique de la direction.
La mémoire, angle mort stratégique
Pendant que le segment data center flambe, la division gaming traverse une passe difficile. Nvidia a purement et simplement annulé le rafraîchissement tant attendu de sa gamme RTX 50 « Super » en décembre 2025, tandis que la série RTX 60 est repoussée à 2028. La cause ? Une pénurie mondiale de mémoire DRAM et HBM, surnommée « RAMageddon » par les observateurs.
Face à cette contrainte, le groupe arbitre clairement en faveur de ses accélérateurs d’IA, nettement plus rentables, au détriment des cartes gaming. Un choix assumé qui éclaire les priorités stratégiques, même s’il laisse la division grand public en première ligne face aux tensions d’approvisionnement.
La Chine, un marché verrouillé
Le dossier chinois reste un point de vigilance structurel. Les autorités de la concurrence ont publié en septembre dernier un avis préliminaire jugeant discriminatoire la conformité de Nvidia aux contrôles à l’exportation américains, y voyant une violation des conditions liées au rachat de Mellanox. Le rapport annuel publié en janvier est encore plus explicite : au terme de l’exercice fiscal 2026, le groupe était de facto exclu du marché chinois des centres de données, faute de produit compétitif à proposer.
Cette réalité explique pourquoi la guidance la plus récente n’intègre aucun revenu provenant des centres de données chinois. La croissance devra donc continuer de s’appuyer sur l’Amérique du Nord, l’Europe et les autres marchés asiatiques – une contrainte qui n’a pas freiné la dynamique jusqu’ici, mais qui constitue un risque latent si le contexte géopolitique ne s’améliore pas.
Entre records et interrogations
Le titre évolue actuellement à 197,22 euros, à 2,6 % de son plus haut sur 52 semaines de 202,50 euros atteint en mai, et affiche une prime de 8,1 % par rapport à sa moyenne mobile à 50 jours (182,45 euros) ainsi que 16 % au-dessus de sa moyenne à 200 jours. Une configuration technique qui témoigne d’une tendance haussière solide, mais laisse peu de marge en cas de déception.
La capitalisation boursière, qui avoisine 4.598,35 milliards d’euros, reflète des attentes considérables. Les prochaines semaines seront décisives : la pénurie de mémoire pèsera-t-elle davantage sur les marges de la division consommation ? La montée en charge de Vera Rubin tiendra-t-elle le rythme annoncé ? Les investisseurs auront un premier élément de réponse le 17 novembre, à l’occasion de la publication des résultats trimestriels après la clôture de Wall Street.
Publicité
Actions Nvidia: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Nvidia et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Nvidia entièrement gratuite : En savoir plus ici !

