Le constructeur de Shenzhen a encore frappé fort en août. Avec 440.293 véhicules à énergie nouvelle écoulés, BYD signe son meilleur mois historique, en progression de 17,8 % sur un an et de 5 % par rapport à juillet. Mais c’est surtout la composante internationale qui impressionne : les ventes hors de Chine ont bondi de 134,5 % à 189.466 unités, un niveau record qui confirme le quatrième mois consécutif de croissance pour le groupe.
Cette dynamique exportatrice prend une ampleur considérable. Sur les huit premiers mois de l’exercice, les livraisons internationales cumulent 1.162.260 véhicules, soit une hausse de 85,7 % qui porte la part de l’étranger à 43,6 % du total des ventes de véhicules à énergie nouvelle. Un basculement structurel d’autant plus précieux que le marché domestique, lui, reste à la peine.
Le marché chinois, talon d’Achille persistant
Car le contraste est saisissant. Entre janvier et août, les ventes en Chine ont chuté de 32,7 % à 1.505.755 unités. Le cumul global atteint certes 2.668.015 véhicules, mais accuse encore un repli de 6,8 % sur un an. Le rétrécissement se résorbe néanmoins : au premier semestre, le recul atteignait 15,7 %, contre moins de 7 % désormais. L’expansion à l’international compense donc progressivement les défaillances domestiques, sans encore les effacer totalement.
Du côté des seuls véhicules 100 % électriques, le tableau est plus flatteur : 256.230 unités vendues en août pour les particuliers, soit 28,4 % de mieux qu’un an plus tôt et près de 10 % de progression mensuelle. BYD surclasse nettement la demande globale chinoise, qui n’a progressé que de 16 % selon la China Passenger Car Association.
Une marge sous surveillance
Reste l’équation financière, nettement moins réjouissante. Au premier semestre, le chiffre d’affaires consolidé a reculé de 7,1 % à 344,8 milliards de yuans, tandis que le bénéfice net s’est effrité de 20,5 % à 12,3 milliards. Les recettes internationales, elles, ont grimpé de 33,9 % à 181,27 milliards de yuans, représentant désormais 52,6 % du total. Une part qui illustre la dépendance croissante du groupe aux débouchés extérieurs.
Le deuxième trimestre a toutefois montré des signes de stabilisation, avec un bénéfice net de 8,2 milliards de yuans, en hausse de 30 % sur un an. Mais cette embellie reste fragile. Les marges industrielles chinoises plafonnent à 3,4 % sur les cinq premiers mois de l’année, et la pression concurrentielle ne faiblit pas.
Pékin tente d’encadrer la guerre des prix
C’est précisément pour endiguer cette érosion que Pékin est intervenu. Depuis le 1er septembre, de nouvelles directives émanant des ministères du Commerce, de l’Industrie et de la Surveillance des marchés visent à tempérer les guerres tarifaires et à durcir les exigences de conformité à l’étranger. Si elles étaient réellement appliquées, ces règles pourraient, à terme, assainir les marges de toute la profession. Mais leur efficacité reste à démontrer, et BYD pourrait bien être contraint de puiser dans ses gains internationaux pour compenser la pression domestique.
L’Europe, nouvel angle d’attaque réglementaire
Le front européen ajoute une couche d’incertitude. Bruxelles a déjà imposé des droits compensateurs compris entre 7,8 % et 35,3 % sur les véhicules électriques chinois, par-dessus le tarif standard de 10 %. Surtout, l’Union européenne examine actuellement un mécanisme de prix minimal à l’importation, une mesure politiquement sensible et non encore tranchée qui pourrait rogner le canal de distribution le plus rentable du constructeur.
Une Bourse qui ne suit pas
Le décalage entre les performances opérationnelles et le parcours boursier interpelle. L’action évolue autour de 9,50 euros, après avoir perdu 6,4 % en sept séances et environ 24 % par rapport à son sommet annuel de 12,49 euros atteint en octobre. Le titre évolue sous ses moyennes mobiles à 50, 100 et 200 jours, à 8,8 % de cette dernière. L’indice RSI, voisin de 40, traduit une faiblesse latente plutôt qu’une situation de survente.
Les investisseurs semblent privilégier la faiblesse du cœur de marché chinois aux records d’exportation. Un scepticisme que les chiffres semestriels ne suffisent pas à dissiper.
Cap sur les prochains catalyseurs
Côté produits, BYD ne reste pas inerte. Le SUV Sealion 08, fleuron de la gamme Ocean, vient d’être officiellement lancé, tandis que Denza, sa marque premium, doit dévoiler en septembre le N8L, variante électrique de son SUV à six places.
Sur le plan industriel, le site de Fufeng, dans le Shaanxi, accueille de nouvelles lignes de faisceaux électriques et d’emboutissage d’une capacité mensuelle de 100.000 ensembles, promettant une production additionnelle annuelle d’environ 500 millions de yuans. BYD Semiconductor travaille par ailleurs sur sa propre architecture de capteurs pour la conduite partiellement autonome, et le Brésil voit arriver un modèle hybride rechargeable flexfuel produit localement.
Les prochains rendez-vous – chiffres de septembre et évolution des négociations avec l’Union européenne sur le prix plancher – diront si la machine exportatrice peut enfin se transformer en levier de rentabilité durable, ou si elle n’est qu’un volume sans substance. Le titre, lui, campe près de son plancher des douze derniers mois, à 8,03 euros, laissant entrevoir un potentiel de rebond si la trajectoire se confirme.
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