Le calendrier a de quoi surprendre. À peine Nvidia a-t-il dû répondre aux critiques sur ses montages financiers jugés « circulaires » que le groupe enchaîne avec deux annonces majeures : une participation de 3,5 milliards de dollars sous forme d’obligations convertibles dans le taïwanais MediaTek, puis, selon Bloomberg, une méga-acquisition de la plateforme d’IA Hugging Face pour environ 14 milliards de dollars. Une transaction qui, si elle se confirme — une issue est évoquée dès cette semaine —, figurerait parmi les plus importantes de l’histoire du fabricant de puces.
Un écosystème qui s’étend dans trois directions
Le partenariat avec MediaTek n’a rien d’anecdotique. Le groupe taïwanais est appelé à intégrer la technologie NVLink Fusion de Nvidia dans ses propres XPU conçus sur mesure pour les fermes de calcul IA à l’échelle des racks. L’objectif : élargir le périmètre d’influence de Nvidia sur trois fronts simultanément — l’IA dans le cloud, le calcul local et l’automobile.
Chaque partenaire qui adopte NVLink Fusion s’inscrit technologiquement dans l’orbite de Nvidia. Mais la réciproque est tout aussi vraie : Nvidia lie son sort à la réussite de ses alliés. Cette interdépendance mutuelle constitue précisément le point de vigilance soulevé par certains observateurs.
Le timing de l’opération MediaTek n’arrange rien. Quelques jours plus tôt, lors de la conférence téléphonique sur les résultats, la directrice financière Colette Kress avait dû repousser les accusations de « financement circulaire » — des critiques selon lesquelles Nvidia investirait dans des partenaires qui, en retour, achètent ses puces, créant ainsi une boucle qui gonflerait artificiellement la demande. Kress avait balayé ces allégations, décrivant ces arrangements comme stratégiques et non comme des véhicules de financement déguisés.
L’émission de convertibles MediaTek, annoncée dans la foulée, ravive inévitablement ce débat que la direction espérait clos. Un hasard ? Pas aux yeux de certains analystes, qui y voient un schéma récurrent méritant l’attention des investisseurs.
Des fondamentaux solides, une action encore sous ses sommets
Sur le plan opérationnel, la machine tourne à plein régime. Pour le deuxième trimestre de l’exercice 2027, clos le 26 juillet, Nvidia a dégagé un chiffre d’affaires de 96,2 milliards de dollars, en hausse de 18 % par rapport au trimestre précédent et de 106 % sur un an. Le groupe vise 108,0 milliards de dollars pour le trimestre en cours, avec une marge brute de 74,0 %. La plateforme Vera Rubin est désormais en production complète, avec des racks déployés chez CoreWeave, Google Cloud, Microsoft Azure, Oracle Cloud Infrastructure et Nebius. Le dividende trimestriel de 0,25 dollar par action, dont le détachement est prévu le 10 septembre pour un paiement le 1er octobre, reste maintenu.
La réaction du marché aux derniers chiffres demeure toutefois nuancée. Un analyste a maintenu sa recommandation « vente » malgré le net dépassement des attentes et des perspectives encourageantes — une voix discordante qui tranche avec l’euphorie ambiante et que certains jugent sous-estimée.
Côté cours, l’action évolue autour de 193,66 euros ce mercredi, en progression de 3,2 % après une clôture à 187,66 euros la veille. Le titre reste environ 4,4 % sous son plus haut sur 52 semaines de 202,50 euros. La remontée depuis les points bas de 139,78 euros atteint 38 %, mais la consolidation récente — un repli de 1,1 % sur la semaine — suggère que le marché reprend son souffle après les résultats. La volatilité à 30 jours, qui culmine à 45 %, en dit long sur la nervosité des échanges. Sur douze mois, Nvidia affiche néanmoins une progression de 32 %, pour une capitalisation de 4.529,61 milliards d’euros.
Des relais de croissance qui interrogent
L’acquisition potentielle de Hugging Face, l’une des plateformes les plus réputées pour les modèles d’IA ouverts, s’inscrirait dans cette même logique d’extension au-delà du seul matériel. Raymond James a d’ailleurs réagi favorablement aux derniers développements : le 25 août, les analystes ont réaffirmé leur recommandation « Strong Buy » et relevé leur objectif de cours de 330 à 352 dollars, misant sur la demande soutenue pour la génération Rubin et la diversification croissante des activités.
Reste à savoir comment interpréter cette frénésie d’opérations. D’un côté, Nvidia verrouille son avance technologique dans un marché où les clients exigent des designs de plus en plus personnalisés. De l’autre, la multiplication des participations au capital de partenaires — MediaTek n’étant pas un cas isolé — nourrit l’idée que le géant doit désormais soutenir financièrement son écosystème pour sécuriser sa chaîne d’approvisionnement et sa demande future.
Les deux lectures ne s’excluent pas mutuellement. C’est précisément cette ambivalence qui fait de Nvidia un dossier à double face : la trajectoire de croissance demeure impressionnante, mais la discussion sur les montages financiers ne disparaîtra pas sur simple déclaration de la direction. Les prochains rendez-vous — les résultats trimestriels du 25 novembre et, d’ici là, l’issue du dossier Hugging Face — diront si le marché choisit de regarder la force opérationnelle ou les fragilités structurelles.
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