La trajectoire boursière de DroneShield ressemble à un champ de bataille où les bonnes nouvelles opérationnelles ne parviennent plus à déloger les positions vendeuses. Le spécialiste australien de la lutte anti-drones engrange pourtant les contrats sur deux continents : le ministère américain de la Défense lui a récemment attribué, via la Joint Interagency Task Force 401, un accord de cinq ans d’une valeur de 24,9 millions de dollars australiens portant sur du matériel et des logiciels de contre-drone. Dans le même temps, l’entreprise a sécurisé des commandes militaires européennes à hauteur de 23,2 millions de dollars australiens, conclues fin juillet par l’intermédiaire de COBBS BELUX BV.
Cette cadence soutenue d’annonces n’émeut guère le marché. Le titre, qui évolue autour de 1,08 à 1,09 euro, accuse une chute de 71 % par rapport à son sommet sur 52 semaines de 3,79 euros atteint début octobre. Il se maintient toutefois environ un tiers au-dessus de son plancher de 0,8230 euro touché fin novembre. Sur trente jours, le repli atteint 7 %, et le début d’année se solde par une dégringolade de 40 %.
La position short la plus fournie de l’ASX
La défiance est telle que DroneShield s’impose désormais comme la valeur la plus shortée de la Bourse australienne. Une partie significative des investisseurs parie donc sur une poursuite du déclin, malgré la séquence de contrats remportés ces dernières semaines. Cette configuration illustre un paradoxe persistant : les commandes affluent des ministères de la Défense occidentaux, mais la confiance dans la valorisation demeure fragile.
La volatilité du titre, annualisée à 87 % sur trente jours, offre un terrain de jeu idéal aux vendeurs à découvert, qui exploitent précisément ces mouvements amples pour matérialiser leurs paris baissiers. La question de la rentabilité et de la conversion effective du carnet de commandes en revenus solides reste la faille que les sceptiques ne cessent d’exploiter.
Canaccord adopte une lecture radicalement différente. Les analystes de la maison attribuent au titre un potentiel de hausse de 50 %, une appréciation qui contraste violemment avec le pessimisme ambiant. Pour ceux qui adhèrent à cette thèse, les niveaux actuels traduisent une sous-évaluation au regard du flux continu d’annonces en provenance des États-Unis et d’Europe.
Des résultats semestriels en demi-teinte
La prudence des investisseurs s’explique aussi par les chiffres semestriels publiés lundi dernier. DroneShield a certes fait état d’un chiffre d’affaires record de 125,8 millions de dollars pour le premier semestre, en progression de 74 % sur un an. Mais le basculement d’un bénéfice opérationnel vers une perte nette conséquente a éclipsé ces performances de croissance, provoquant des dégagements notables sur le titre.
La marge brute a par ailleurs reculé, passant de 65,3 % à 60,0 %, une contraction que la direction attribue à la composition du mix produits et à une dépréciation ponctuelle de stocks. Le management anticipe un rebond vers le milieu des années 60 au second semestre. La solidité du bilan n’est pas en cause : 180 millions de dollars de trésorerie et de dépôts à terme pour une dette nulle.
L’Europe comme relais de croissance
La participation de DroneShield à un consortium réunissant Anduril, COBS et Nokia pour postuler au programme européen RE-ARM 2030 constitue un autre vecteur d’expansion. Une pré-sélection des candidats est attendue au second semestre. Si le dossier aboutit, l’entreprise australienne accéderait à l’un des plus vastes programmes de défense du Vieux Continent et renforcerait considérablement son ancrage européen, alors que son cœur de marché se situe jusqu’ici en Australie et aux États-Unis.
Côté produits, le premier contrat pour le système RfRecon est programmé au second semestre, avec un impact significatif sur les revenus attendu seulement en 2027. La gamme autour de la technologie Ultra-Wideband et du logiciel de détection RfAI-3 doit également être renouvelée.
L’équation pour les actionnaires reste la même : parviendra-t-on à transformer cette croissance vigoureuse du chiffre d’affaires en une rentabilité plus stable ? C’est à cette aune que se départageront, à terme, les vendeurs à découvert et les optimistes de Canaccord.
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