Le constructeur chinois BYD traverse une phase charnière, tiraillée entre un boom exportateur spectaculaire et une érosion continue de son marché domestique. Mais c’est désormais un nouvel élément politique qui complique l’équation : Pékin a officiellement mis en garde les fabricants de véhicules électriques contre une guerre des prix agressive à l’étranger, visant implicitement BYD et son rival Geely, tous deux à l’origine de fortes progressions à l’export.
Cette admonestation gouvernementale tombe au plus mauvais moment. Le groupe, qui a affiché en août sa quatrième hausse mensuelle consécutive des ventes, voit son principal moteur de croissance — les exportations — potentiellement bridé par la régulation. Les chiffres de juillet-août illustrent pourtant une dynamique impressionnante : les ventes totales ont grimpé de 17,8 % sur un an à 440 293 véhicules, portées par des exportations en hausse de 134,5 % à 189 466 unités, soit 43 % du volume total. Dans le même temps, les immatriculations en Chine ont reculé de 14,3 %.
Un basculement historique vers l’étranger
Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis le week-end dernier, BYD a communiqué sur un fait marquant : les revenus générés hors de Chine dépassent désormais ceux du marché intérieur, une première dans l’histoire du groupe. Cette recomposition géographique s’est traduite par un recul de 3,4 % du titre depuis cette annonce.
Les comptes semestriels racontent la même histoire en creux. Sur les six premiers mois de 2026, le bénéfice net a chuté de 20,5 % à 12,33 milliards de yuans, tandis que le chiffre d’affaires reculait de 7,13 % à 344,82 milliards de yuans. Le deuxième trimestre a toutefois offert une respiration : le profit net a rebondi de 30 % à 8,2 milliards de yuans, première hausse après cinq trimestres consécutifs de déclin — malgré un chiffre d’affaires en repli de 3 %.
Le diagnostic est limpide : les ventes en Chine se sont effondrées de 45,9 % au premier semestre, tandis que les revenus extérieurs représentaient déjà 53 % du total. L’objectif annuel de 5 à 5,5 millions de véhicules reste officiellement maintenu, mais il dépend désormais presque entièrement de la vigueur du canal export.
Des marges sous tension
Cette stratégie d’expansion internationale n’est pas sans friction. L’Union européenne applique des droits de douane allant jusqu’à 35,3 % sur les véhicules électriques chinois, et le Brésil impose un tarif de 35 %. Plus inquiétant encore, le média spécialisé Automobilwoche a rapporté en août des retards de paiement de plus de six mois aux concessionnaires allemands, avec des arriérés à six chiffres en euros par point de vente. Andreas Knipp, président de l’association des concessionnaires BYD en Allemagne, a dénoncé la mauvaise discipline de paiement du constructeur, tandis que Thomas Peckruhn, vice-président de la fédération allemande des concessionnaires, évoque un enthousiasme en perte de vitesse côté distribution.
Le marché brésilien, premier débouché extérieur avec 122 500 véhicules écoulés entre janvier et juillet et une part de marché de 7,54 % en juillet, pourrait également pâtir de ces tensions. Côté batteries, la concurrence reste vive : BYD affiche 87,7 GWh de capacité avec une progression modeste de 1,6 %, contre une croissance de 25,3 % pour CATL, qui conserve une avance confortable.
Le marché reste sceptique
La Bourse n’a pas encore tranché. Le titre évolue à 9,59 euros, soit environ 23 % sous son plus haut annuel de 12,49 euros atteint le 2 octobre 2025. Sur une semaine, le papier a cédé 6,6 % et affiche un repli de 11 % depuis janvier. Il se négocie sous sa moyenne mobile à 200 jours de 10,42 euros — signe que les investisseurs n’intègrent pas encore la bascule exportatrice comme un catalyseur durable.
Les marques premium — Denza, Fang Cheng Bao et YangWang — offrent toutefois un motif d’espoir : leurs ventes ont bondi de 61 % au premier semestre à 228 000 unités, laissant entrevoir une amélioration potentielle des marges. Une analyse portant sur les actions cotées à Hong Kong (SEHK:1211) valorise d’ailleurs le titre à 152,38 dollars hongkongais contre un cours de 88,25 dollars, sur la base d’un ratio cours/bénéfices de 23,5 jugé raisonnable au regard des perspectives.
L’échéance du 11 septembre, date butoir des négociations entre Stellantis et le syndicat Unifor autour de l’usine de Brampton au Canada, pourrait apporter un éclairage sur les ambitions nord-américaines de BYD. Le maire de la ville, Patrick Brown, a évoqué un intérêt du groupe chinois pour une production de bus sur ce site — une piste non confirmée mais stratégiquement cohérente.
Entre la mise en garde de Pékin, les barrières douanières et les tensions avec les réseaux de distribution européens, la route de BYD vers l’international s’annonce plus sinueuse que ne le suggèrent les seuls chiffres d’exportation.
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