La correction qui frappe l’or depuis le week-end a pris une ampleur spectaculaire. Mardi, la once a clôturé à 4.328,81 dollars, abandonnant 2,8 % sur la séance, après avoir tutoyé les 4.700 dollars il y a quelques jours à peine. Sur cinq séances, le repli atteint 5,9 %. Un coup de semonce pour un marché qui sortait d’une course aux records sans précédent.
Le déclencheur ? Le discours prononcé samedi par le président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, lors du symposium de Jackson Hole. Son ton résolument hawkish a été perçu comme une fin de non-recevoir aux espoirs d’assouplissement monétaire rapide. Les marchés ont immédiatement révisé leurs anticipations : selon les données CME FedWatch, la probabilité d’un tour de vis en septembre dépasse désormais 65 %. Dans ce contexte, le métal jaune, qui ne verse aucun coupon, perd son attrait face aux actifs rémunérés.
Les chiffres d’inflation publiés aux États-Unis n’ont rien arrangé. L’indice PCE est ressorti à 3,7 % en juillet, au-dessus des attentes, tandis que la composante de base a grimpé à 3,3 %. De quoi conforter la position de Warsh et donner au comité de politique monétaire, réuni les 15 et 16 septembre, des arguments supplémentaires pour resserrer la vis. Mi-juillet déjà, le FOMC avait maintenu le loyer de l’argent dans la fourchette de 3,50 à 3,75 %, mais trois membres avaient voté en faveur d’une hausse — une dissidence unanime inédite depuis 2016.
L’énergie et la géopolitique attisent la flamme inflationniste
Le tableau est encore assombri par la flambée des cours du pétrole. L’escalade au Moyen-Orient — frappe américaine sur une île iranienne, ripostes de Téhéran contre les Émirats arabes unis et la Jordanie — nourrit la crainte d’une inflation importée. Singulier paradoxe : l’or, refuge traditionnel en période de tensions, se trouve ici pénalisé, car la hausse des prix de l’énergie renforce précisément les arguments des faucons de la Fed. À Londres, la once a d’ailleurs été échangée temporairement à 4.538 dollars, en repli d’environ 1 % sur la journée, selon des sources concordantes.
La demande officielle ne faiblit pas
Faut-il pour autant crier à la fin de la dynamique haussière ? Rien n’est moins sûr. Le repli actuel, aussi violent soit-il, ne représente que 25 % de marge au-dessus du plus bas sur 52 semaines de 3.470,21 dollars, touché il y a tout juste un an. Et sur douze mois, le métal précieux affiche encore une progression de 23 %. Même le mois d’août, malgré la fin de parcours chaotique, devrait rester positif avec une hausse supérieure à 10 %.
Le socle de la tendance de fond repose sur un appétit insatiable des banques centrales. Le World Gold Council a recensé au deuxième trimestre des achats nets de 289 tonnes, en hausse de 62 % sur un an — le meilleur deuxième trimestre de l’histoire de l’institution. La Deutsche Bank valorise ces acquisitions à 45 milliards de dollars. La Chine illustre parfaitement cette dynamique : la People’s Bank of China a ajouté 20 tonnes nettes en juillet, portant ses réserves à un niveau record de 2.377,5 tonnes. Il s’agit du plus fort accroissement mensuel depuis octobre 2023 et du 21e mois consécutif d’accumulation. Sur l’année, Pékin a engrangé 60 tonnes. La Pologne n’est pas en reste, avec 82 tonnes supplémentaires en 2026, pour un stock de 632 tonnes.
Les investisseurs financiers ne sont pas en reste. Les avoirs du SPDR Gold Shares ont gonflé de 10,84 tonnes sur la semaine close le 26 août, à 1.045,50 tonnes, dans un contexte de flux nets entrants de 1,97 milliard de dollars. À l’échelle mondiale, les ETF aurifères ont attiré 11 milliards de dollars jusqu’à fin juillet, soit 39 tonnes, portés principalement par l’Asie puis l’Europe, tandis que l’Amérique du Nord enregistrait des sorties.
Le Trésor américain vole au secours du marché
Un autre élément pourrait freiner la chute : le département du Trésor américain a annoncé qu’il porterait à au moins 4 milliards de dollars, contre 2 milliards auparavant, le montant maximal de ses rachats de bons du Trésor à longue échéance dans le cadre de ses opérations de soutien à la liquidité. Ce dispositif, effectif à partir du 9 septembre et valable jusqu’au 4 novembre, a déjà produit ses effets le 19 août, en faisant baisser les rendements obligataires et en affaiblissant le billet vert — deux facteurs traditionnellement favorables à l’or.
La configuration reste donc éminemment paradoxale. D’un côté, une Fed qui verrouille les taux et un choc pétrolier qui entretient la pression inflationniste ; de l’autre, des achats officiels massifs, des flux ETF soutenus et un Trésor qui injecte des liquidités. Les prochaines semaines diront si ce réajustement n’était qu’une respiration dans un mouvement haussier de long terme ou le signe d’un changement de régime plus profond. La réunion du FOMC des 15 et 16 septembre s’annonce comme le prochain rendez-vous décisif.
Publicité
Gold: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Gold et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Gold entièrement gratuite : En savoir plus ici !

