Le marché de l’or offre un spectacle contrasté. Après avoir touché son plus bas niveau depuis plus de trois semaines, la once a repris des couleurs mercredi, clôturant à 4.387,23 dollars, soit un gain de 1,4 % sur la séance. L’écart avec le cours de mardi – 4.328,81 dollars – illustre la nervosité ambiante. Mais ce rebond ne masque pas une semaine difficile : sur cinq séances, le métal précieux accuse encore un repli de 4,7 %.
Deux forces contraires se disputent actuellement le destin du lingot. D’un côté, la perspective d’un resserrement monétaire américain pèse sur les cours. De l’autre, l’escalade militaire entre Washington et Téhéran ranime la demande de valeurs refuges. Les États-Unis ont mené mercredi des frappes aériennes contre des cibles en Iran, qui a répondu par des actions de rétorsion – l’escalade la plus grave entre les deux pays depuis des semaines. Un scénario classique pour l’or, traditionnellement prisé des investisseurs cherchant à se soustraire aux risques des actions et des obligations.
Le paradoxe ADP : des chiffres faibles, des taux qui grimpent
La journée de mercredi a réservé une surprise de taille sur le front macroéconomique. Le secteur privé américain n’a créé que 38.000 emplois en août, la progression la plus faible depuis janvier et nettement sous les 47.000 anticipés. Un chiffre qui, en temps normal, militerait pour un assouplissement monétaire – donc pour l’or.
Les opérateurs en ont pourtant tiré une lecture inverse. La probabilité d’une hausse des taux en septembre, telle qu’intégrée par les marchés à terme, a bondi à 66 %, contre 40 % une semaine plus tôt. D’autres estimations la situent autour de 64 %, après avoir culminé à près de 70 %. Les déclarations de plusieurs responsables de la Fed, dont son président Warsh, ont alimenté cette anticipation. Or, des taux plus élevés renchérissent le coût de détention d’un actif qui ne verse aucun coupon – un vent contraire de taille pour l’or.
Le rebond de mercredi s’explique d’ailleurs davantage par un répit technique que par un changement de fond : le dollar et les rendements des bons du Trésor ont cédé du terrain après avoir atteint leurs plus hauts niveaux récents, le billet vert ayant touché un sommet de deux semaines.
La Haye rapatrie son or, Francfort s’abstient
Pendant que les spéculateurs scrutent les taux, les banques centrales poursuivent leur travail de fond. La Banque des Pays-Bas (DNB) a ainsi déplacé 86 tonnes d’or de New York et d’Ottawa vers Londres entre mars et août. Une partie du métal a été vendue puis rachetée sur place, l’autre a été transportée physiquement. La part de New York dans les avoirs nord-américains de l’institution est tombée de 31,3 % à 18,5 %, celle du Canada de 19,7 % au même niveau.
Au total, la DNB détient 612,4 tonnes d’or, valorisées à 72,2 milliards d’euros fin 2025. Son gouverneur, Olaf Sleijpen, justifie cette réorganisation par les turbulences géopolitiques : « Nous partons du principe que nous n’aurons jamais à les utiliser », a-t-il déclaré, évoquant la volonté de renforcer la capacité d’action en cas de crise.
La Bundesbank, elle, ne compte pas emboîter le pas. L’institution allemande, qui détient 3.350 tonnes, conserve 37 % de ses réserves à New York, 51 % à Francfort et 12 % à Londres.
Des instituts d’émission toujours plus gourmands
Au-delà de ces mouvements logistiques, la demande officielle demeure structurellement robuste. Les banques centrales ont acheté 288,9 tonnes d’or au deuxième trimestre, en hausse de 62,4 % par rapport aux 177,9 tonnes de la période correspondante de l’année précédente. Une enquête menée en juin auprès de 74 instituts d’émission révèle que 45 % d’entre eux prévoient d’augmenter leurs achats sur douze mois – la proportion la plus élevée depuis 2018.
Côté offre, le World Gold Council anticipe un pic de la production mondiale autour de 110 millions d’onces en 2026, avant un reflux à environ 103 millions d’onces d’ici 2028, selon l’analyste Manalo. Un resserrement de l’offre combiné à une demande officielle soutenue pourrait offrir un plancher au métal jaune, même si les décisions de taux de septembre promettent encore des soubresauts.
Natixis voit l’or à 5.000 dollars
Dans ce contexte, les maisons d’analyses ajustent leurs prévisions. Bernard Dahdah, chez Natixis, a relevé son objectif de cours pour la fin 2026 de 4.600 à 5.000 dollars l’once. Il invoque la faiblesse des indicateurs conjoncturels, l’anticipation d’une baisse des taux en décembre et les inquiétudes persistantes sur la dette publique américaine, qui a franchi le seuil des 40.000 milliards de dollars. Pour 2027, le bureau d’études table sur une moyenne annuelle également fixée à 5.000 dollars.
D’autres observateurs demeurent constructifs tant que le seuil des 3.950 dollars tient, avec des objectifs allant jusqu’à 5.000 dollars. Le rapport sur l’emploi américain, attendu vendredi, constituera le prochain catalyseur, avant la réunion de la Fed à la mi-septembre.
Sur douze mois, l’or affiche encore une progression de 24 %, malgré un écart de 22 % avec son plus haut de 52 semaines, établi à 5.598,58 dollars. De quoi rappeler que, entre les attentes de durcissement monétaire et l’appétit insatiable des banques centrales, le métal jaune évolue dans un équilibre instable – mais loin d’être défavorable.
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