La Coupe du monde 2026 restera dans les annales de DroneShield comme un baptême du feu grandeur nature. Déployés sur plusieurs sites autour des stades de Kansas City, les systèmes de détection anti-drones de la firme australienne ont été mis à l’épreuve dans un environnement de foule dense, une première hors du cadre militaire. Un argument commercial de poids, certes, mais qui ne suffit pas à dissiper le nuage réglementaire planant sur le titre.
Une enquête sans horizon
L’essentiel de la pression qui s’exerce sur l’action provient en effet de l’enquête ouverte par l’ASIC, le gendarme financier australien. Celle-ci porte sur les communications de l’entreprise et l’activité de trading observée en 2025. DroneShield affirme coopérer pleinement, mais aucun calendrier de résolution n’a été communiqué. L’issue demeure impossible à chiffrer, y compris pour la direction elle-même. Cette incertitude pèse d’autant plus lourd que les fondamentaux, eux, racontent une tout autre histoire.
Des semestriels en forte croissance, mais dans le rouge
Les comptes du premier semestre 2026 illustrent parfaitement ce paradoxe. Le chiffre d’affaires a bondi de 74 % pour atteindre 126 millions de dollars australiens, porté par une demande soutenue. Mais la perte nette s’est creusée à 32,23 millions de dollars australiens, contre un bénéfice de 2,12 millions un an plus tôt. La perte par action ressort à 0,035 dollar australien, là où l’exercice précédent affichait un gain de 0,002 dollar.
Cette dégradation du résultat n’est pas le fruit du hasard : elle traduit une montée en puissance assumée. Les effectifs sont passés de 332 à 537 collaborateurs, tandis que les dépenses s’accumulaient dans les stocks, la R&D et les capacités de production. La trésorerie, elle, reste solide : 180 millions de dollars australiens, sans aucune dette au bilan.
Des indicateurs qui plaident pour la suite
Au-delà des pertes, certains signaux méritent l’attention. Le carnet de commandes garanti atteignait 240 millions de dollars australiens fin août, de quoi sécuriser les prochains trimestres. Surtout, la part des revenus récurrents a triplé, passant d’environ 3 % à 9,2 %, grâce à une base installée de plus de 6 200 appareils dans le monde, dont 4 100 unités adossées à des logiciels générant des revenus continus.
Le second semestre pourrait apporter son lot de catalyseurs. Les premières ventes du système RfRecon sont attendues d’ici la fin de l’année, avec un impact significatif sur les revenus seulement à partir de 2027. La production en série de cette nouvelle génération de matériel de guerre électronique est programmée pour le second semestre 2026. D’autres annonces sont promises autour des technologies à ultra-large bande et du moteur de détection RfAI-3, à cheval entre 2026 et 2027. Un jalon potentiellement décisif est également attendu : la down-selection d’un consortium européen réunissant COBBS, Anduril et Nokia, dont DroneShield espère tirer profit pour asseoir sa position sur le Vieux Continent.
Un parcours boursier en nette déroute
La Bourse, elle, n’a pas attendu ces développements pour sanctionner le titre. L’action évolue autour de 1,08 euro, soit 71 % sous son plus haut sur 52 semaines de 3,79 euro, touché début octobre. Depuis le 1er janvier, la chute atteint 40 %. Sur trente jours, le repli est de 17 %. Surtout, le cours s’inscrit 40 % sous sa moyenne mobile à 200 jours, établie à 1,81 euro — un signal technique sans ambiguïté sur la vigueur de la tendance baissière de moyen terme.
Le broker Bell Potter Securities a d’ailleurs ajusté sa copie le 26 août. L’analyste Baxter Kirk maintient sa recommandation d’achat mais a réduit son objectif de cours à douze mois de 2,50 à 2,40 dollars australiens. Rapporté au cours de clôture de 1,735 dollar australien à l’époque, cela impliquait un potentiel de rendement total de 38,3 %. Une prudence qui en dit long sur les marges de manœuvre à court terme, malgré des fondamentaux jugés sains.
Le contraste est saisissant entre, d’une part, une dynamique opérationnelle réelle — vitrine du Mondial, contrats sécurisés, récurrence en hausse — et, d’autre part, un cours qui ne cesse de céder du terrain. Tant que l’ASIC n’aura pas rendu ses conclusions, la volatilité devrait rester le maître mot pour les actionnaires de DroneShield, quelle que soit la qualité des chiffres publiés.
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