Le métal jaune a signé jeudi son meilleur jour depuis des semaines, s’adjugeant 2,0 % pour revenir à 4.476,93 dollars l’once, avant de se stabiliser vendredi à 4.477,10 dollars. Ce sursaut spectaculaire efface en grande partie la dégringolade de mardi, quand l’once était retombée à 4.369,24 dollars — son plus bas niveau depuis le 19 août. En l’espace de trois séances, le cours a ainsi repris plus de 100 dollars, illustrant la nervosité extrême qui règne sur le marché.
À l’origine de ce revirement, un changement de discours au sein de la Réserve fédérale. Le gouverneur Christopher Waller a laissé entendre que l’institution pourrait maintenir ses taux inchangés si la pression inflationniste continue de s’atténuer. Des propos qui ont immédiatement soulagé un marché échaudé par la perspective d’un nouveau tour de vis monétaire. La veille encore, les contrats à terme tablaient sur 66 % de probabilité d’une hausse des taux en septembre, contre environ 40 % une semaine plus tôt.
Un rapport ADP qui change la donne
Les investisseurs ont surtout été rassurés par la publication, mardi, de l’enquête ADP sur l’emploi privé américain. Celle-ci fait état de seulement 38.000 créations de postes en août, nettement sous les 47.000 anticipées par le consensus. Ces chiffres décevants ont pesé sur le dollar et fait baisser les rendements des emprunts d’État, redonnant du lustre à un actif qui ne verse aucun coupon. John Williams, le président de la Fed de New York, a renchéri en affirmant que l’inflation continuait de ralentir, les prix de l’énergie ne s’étant pas, pour l’heure, propagés aux autres services.
Ce fragile équilibre pourrait toutefois être bouleversé par la publication des chiffres officiels de l’emploi américain. Des statistiques faibles alimenteraient les espoirs d’un assouplissement monétaire et propulseraient l’once vers de nouveaux sommets ; des données robustes, à l’inverse, conforteraient la banque centrale dans sa prudence et redonneraient des ailes aux rendements. C’est précisément cette incertitude qui explique l’attentisme décrit par les opérateurs pour la séance de vendredi.
La dette publique, nouveau point de bascule
Au-delà du calendrier monétaire, les marchés doivent composer avec une toile de fond budgétaire de plus en plus préoccupante. La dette totale des États-Unis a franchi fin août, pour la première fois de son histoire, le seuil symbolique des 40.000 milliards de dollars. Le Trésor américain a réagi en élargissant ses rachats de liquidités sur le long de la courbe des taux — le plafond de rachat des obligations à longue échéance avait déjà été doublé le 19 août, à un minimum de 4 milliards de dollars. Ces opérations, perçues comme un aveu de fragilité structurelle du marché obligataire, renforcent mécaniquement l’attrait du métal jaune comme valeur refuge.
Le spectre géopolitique n’est pas en reste. L’accord de 60 jours entre Washington et Téhéran est arrivé à expiration le 17 août sans qu’aucune prolongation n’ait été signée, après plusieurs attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz. Ce conflit larvé continue d’entretenir les craintes inflationnistes, avec un double effet sur l’or : haussier par la demande de protection qu’il suscite, baissier par les anticipations de resserrement monétaire qu’il nourrit.
Les banques centrales jouent leur partition
Pendant que les spéculateurs vont et viennent au gré des statistiques, les instituts d’émission poursuivent leur stratégie de long terme. La Banque des Pays-Bas a ainsi révélé avoir transféré 86 tonnes d’or de New York et d’Ottawa vers Londres au cours des six derniers mois, afin d’améliorer la négociabilité de ses réserves et de renforcer sa capacité de réaction en cas de crise. Un mouvement qui témoigne d’une gestion de plus en plus active des stocks officiels, loin de l’image d’un or dormant dans les coffres.
Sur un an, le bilan demeure éloquent : le métal précieux affiche encore une progression de 26 %, preuve que la demande fondamentale de protection contre les aléas monétaires et budgétaires reste intacte, quelles que soient les secousses des séances à venir. La réunion du comité de politique monétaire de la Fed, programmée les 15 et 16 septembre, s’annonce comme le prochain rendez-vous décisif pour déterminer si cette embellie est durable ou si les inquiétudes sur les taux reprendront le dessus.
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