Nvidia change de braquet. Le champion des puces IA, longtemps autofinancé, vient de placer une émission obligataire de 25 milliards de dollars – sa première dette en cinq ans. Parallèlement, le groupe déploie un plan d’investissement de 500 milliards de dollars pour produire ses semi-conducteurs aux États-Unis. Deux mouvements d’ampleur qui interviennent alors que l’action perd 114 milliards de dollars de capitalisation en une demi-heure. Rarement la stratégie long terme et la nervosité immédiate des marchés auront été aussi discordantes.
La ruée vers la fabrication américaine
Nvidia veut sécuriser sa chaîne d’approvisionnement pour les puces Blackwell, déjà fabriquées depuis fin 2025 par TSMC dans son usine de Phoenix, en Arizona. L’objectif : créer plus de 100 000 emplois dans 43 États. À Sherman, au Texas, un site conjoint avec le partenaire Coherent représente 2 milliards de dollars d’investissement et 1 000 postes. Par ailleurs, 300 millions de dollars sont injectés dans une coopération avec Corning pour bâtir trois usines de fibres optiques en Caroline du Nord et au Texas, générant plus de 3 000 emplois supplémentaires.
Parallèlement, Nvidia muscle son offre robotique. La plateforme Isaac GR00T pour robots humanoïdes accueille un partenaire hardware de poids : le Unitree H2 Plus – 1,80 mètre, 68 kilos, 31 degrés de liberté, propulsé par le processeur Jetson Thor avec technologie GPU Blackwell. Les premiers clients sont des universités comme Stanford, l’ETH Zurich et UC San Diego. Cette offensive commence déjà à peser sur les concurrents de l’automatisation.
Le titre chute, les ours avancent
Mercredi, l’action a plongé de 2,3 % pour passer sous la barre symbolique des 200 dollars. En 30 minutes, 114 milliards de dollars de valorisation se sont envolés. En clôture européenne, le titre valait 173,72 euros. Sur un mois, le recul atteint 9,32 %, et par rapport au plus haut annuel de 202,50 euros atteint le 14 mai 2026, la perte frôle 14,2 %.
Cette baisse donne du grain à moudre aux sceptiques. Michael Burry, le gérant de Scion Asset Management, a renouvelé ses paris baissiers sur le secteur des semi-conducteurs, dénonçant une « bulle d’investissement dans l’IA » calquée sur l’ère dot-com. Il rejoint les mises en garde récentes de la Banque des règlements internationaux (BRI) sur le risque de surinvestissement dans l’intelligence artificielle.
La technique s’assombrit
Le graphique n’est pas rassurant. Le cours évolue nettement sous sa moyenne mobile à 50 jours (181,35 euros). Si la faiblesse persiste, les analystes techniques envisagent un test du seuil des 165 euros d’ici fin août. La moyenne mobile à 200 jours, à 164,03 euros, constitue le prochain support majeur. Le RSI s’établit à 45,7 – une neutralité qui traduit surtout l’absence de direction claire.
Malgré tout, le titre affiche encore une progression de 30,4 % sur un an et de 7,83 % depuis le 1er janvier. Le consensus des analystes de Wall Street fixe un objectif de cours à près de 265 euros, soit un potentiel conséquent.
La dette comme nouveau levier
L’émission obligataire de 25 milliards de dollars en juin marque une rupture. Nvidia s’était abstenu d’emprunter pendant cinq ans, grâce à un cash-flow opérationnel colossal. La direction justifie ce virage par la volonté de verrouiller un capital long terme pour financer la construction de l’infrastructure IA. « Nous ne voulons plus compter uniquement sur notre cash », résume l’état d’esprit.
Cette dette, modeste au regard d’une capitalisation boursière de plus de 4 000 milliards d’euros, a une portée symbolique forte. Elle signifie que la course aux puces dure plus longtemps qu’un seul cycle de profits ne peut financer. Si la croissance ralentit, le fardeau de la dette pourrait peser lourd.
Vents contraires persistants
La demande de PC mollit, le secteur du jeu vidéo en Chine ralentit, et les sanctions américaines contre Pékin continuent de brider les ventes. Nvidia surclasse encore AMD sur le marché des datacenters, mais l’interdiction d’exporter certaines puces vers la Chine reste un frein structurel que même sa domination technologique ne peut contourner.
Dans ce climat, la Bank of Nova Scotia a lancé des auto-callable notes liées à Nvidia avec un coupon de 10,35 %. Un produit qui reflète surtout l’appétit des investisseurs pour la volatilité élevée du titre. Le marché attend désormais les résultats du deuxième trimestre – Nvidia a promis un chiffre d’affaires d’environ 91 milliards de dollars, après 81,61 milliards au premier trimestre (+85,2 % sur un an) et un bénéfice par action de 1,87 dollar. De quoi temporairement calmer les esprits… ou les raviver.
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