La levée de dette record de 25 milliards de dollars, bouclée le 18 juin avec un carnet d’ordres de 85 milliards, illustre la confiance des investisseurs dans le champion de l’IA. Pourtant, le titre stagne autour de 182 euros – 181,76 euros vendredi en clôture, 182,10 euros en séance –, soit 10 % sous son plus-haut historique de 202,50 euros atteint en mai. Cette divergence entre la vigueur des fondamentaux et la mollesse du cours résume le paradoxe Nvidia : la demande explose, mais les nuages s’accumulent à l’horizon.
Le Sénat américain exige des comptes sur la Chine
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, membre influente de la commission bancaire, a fixé au 18 juin une date butoir pour que Nvidia fournisse une réponse écrite sur ses procédures de contrôle des exportations de puces vers la Chine. En toile de fond, plusieurs enquêtes du département de la Justice visent des circuits de contournement présumés : des cartes graphiques d’une valeur de plusieurs millions de dollars auraient transité par l’Asie du Sud-Est, tandis que des H100 et H200 – pour environ 160 millions de dollars – auraient été détournés. La commission s’interroge sur le point de savoir si le conseil d’administration a qualifié ces faits de risques significatifs.
Parallèlement, la position de Nvidia en Chine s’est effondrée. Avant les restrictions américaines, le groupe détenait 95 % du marché local des puces IA. Jensen Huang a lui-même reconnu que cette part est désormais tombée quasi à zéro. Les licences d’exportation pour le H200 restent examinées au cas par cas par le département du Commerce. Même quand elles sont accordées, Pékin freine volontairement les importations pour protéger ses champions nationaux – Huawei en tête. Le directeur financier de Nvidia a alerté sur la montée en puissance des rivaux chinois, dopés par de récentes introductions en Bourse. DeepSeek, l’une des start-up locales, affiche publiquement sa dépendance aux puces domestiques.
Google et Amazon attaquent le cœur de métier
La concurrence ne vient plus seulement de l’Est. Google et Amazon, deux des plus gros hyperscalers clients de Nvidia, multiplient les initiatives pour réduire leur dépendance. Google déploie des montages dits de « financement circulaire » : il accorde des garanties de plusieurs milliards aux opérateurs de centres de données, à condition qu’ils utilisent ses propres Tensor Processing Units plutôt que les GPU de Nvidia. Amazon, de son côté, pousse activement ses puces Trainium en les présentant comme une alternative crédible.
Ces offensives interviennent alors même que la demande globale pour l’infrastructure IA ne faiblit pas. Les cinq plus grands hyperscalers – Amazon, Microsoft, Alphabet, Meta, Apple – devraient investir ensemble environ 725 milliards de dollars en 2026, soit 64 % de plus que l’année précédente. Nvidia, qui a publié un chiffre d’affaires de 81,6 milliards de dollars au premier trimestre de son exercice 2027, anticipe que ces investissements atteindront 1 000 milliards en 2027. Les commandes de GPU Blackwell remplissent déjà les carnets jusqu’en 2027.
L’IA physique, le prochain relais de croissance
Au-delà des hyperscalers, Nvidia mise sur l’« IA physique » pour structurer son expansion. Lors de la conférence CVPR 2026, ses technologies ont été citées dans la majorité des travaux de recherche retenus, provenant notamment de Carnegie Mellon, Stanford, Berkeley, Tsinghua et de l’université de Pékin. Le groupe y a dévoilé de nouveaux outils autour du framework Cosmos-3, qui accélère la génération de données, la simulation et l’entraînement de modèles pour les systèmes autonomes – robots, véhicules sans conducteur, vision artificielle. Le modèle Nemotron-3-Nano-Omni fusionne vision, audio et langage en un seul système. Ce marché constitue un deuxième volume adressable, capable de soutenir la demande même si la croissance des hyperscalers finit par ralentir.
Une assise financière renforcée pour affronter les vents contraires
Malgré ces pressions, Nvidia dispose d’une marge de manœuvre considérable. Son emprunt obligataire de 25 milliards de dollars, dont les tranches les plus longues courent jusqu’en 2056, a été plus de trois fois sursouscrit. Une partie des fonds doit financer l’infrastructure IA, notamment via une participation de 54 millions de dollars dans la start-up Verse, spécialisée dans les batteries de stockage sur site. L’objectif : éviter les délais de raccordement au réseau électrique, actuellement de cinq à sept ans, et permettre aux centres de données d’entrer en service jusqu’à trois ans plus tôt.
Sur le plan boursier, le titre affiche une hausse de 45 % sur douze mois depuis son point bas à 124,60 euros l’été dernier, mais un recul de 5,4 % sur trente jours. Le RSI, à 50,3, n’indique ni surachat ni survente, tandis que le cours colle à sa moyenne mobile à 50 jours (180,05 euros). Le léger rebond hebdomadaire de 2,5 % suggère une stabilisation. Les analystes, eux, restent optimistes : leur objectif de cours moyen de 260,70 euros offre une marge de 43 %. Une confiance qui mesurera sa solidité mercredi 24 juin, lors de l’assemblée générale annuelle – virtuelle – de Nvidia. Les questions réglementaires sur la Chine, la concurrence de Google et d’Amazon, et la pérennité des investissements hyperscalers y seront au centre des débats, bien que l’ordre du jour officiel ne porte que sur des votes de routine.
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