Le débat sur l’avenir de Nvidia ne se joue plus seulement dans les centres de données. En l’espace de quelques jours, le concepteur de puces a dévoilé deux alliances majeures : Apple pour l’infrastructure cloud de son intelligence artificielle, et Microsoft pour embarquer l’IA directement sur les PC Windows. Le message est clair : Nvidia veut être présent à chaque étage de la chaîne, du serveur hyperscale jusqu’au bureau du développeur.
Côté Apple, le changement de paradigme est net. Jusqu’ici, le groupe californien gérait ses propres serveurs pour Apple Intelligence. Désormais, il s’appuie sur Google Cloud et, surtout, sur les puces Blackwell de Nvidia. Ces processeurs graphiques intègrent une couche de sécurité matérielle qui garantit la confidentialité des données utilisateur même sur une infrastructure externe. Le coup est stratégique : Nvidia ne se contente plus d’alimenter l’entraînement des modèles ; il prouve que ses chips sont tout aussi indispensables pour l’inférence – cette phase où l’IA est mise en œuvre en production. Les montants financiers de l’accord n’ont pas été divulgués.
De l’autre côté, Microsoft et Nvidia dévoilent RTX Spark, une plateforme qui transforme les PC Windows en stations d’IA personnelles. Le logiciel Nvidia est directement intégré à l’environnement Microsoft, et les grands fabricants de PC sont déjà engagés. Parallèlement, la DGX Station pour Windows fait son apparition : un système de bureau capable de développer et d’exécuter des agents d’intelligence artificielle. L’objectif est de sortir l’IA du nuage pour la rapprocher de l’utilisateur – une manière pour Nvidia de réduire sa dépendance aux cycles d’investissement des hyperscalers.
Ce repositionnement tombe à point nommé. Le chiffre d’affaires du premier trimestre a atteint 81,6 milliards de dollars, en hausse de 85 % sur un an, porté par le segment des centres de données. Pourtant, l’action marque le pas. Après avoir touché un sommet à 202,50 euros le 14 mai 2026, le titre a corrigé de plus de 12 % et s’échange autour de 178 euros. Le recul sur 30 jours avoisine 5 %, mais la performance annuelle reste bonne (+42,49 %). La moyenne mobile à 200 jours, à 161,71 euros, offre un support solide, tandis que le RSI de 45,1 indique une absence d’euphorie.
La volatilité reste élevée – 43,48 % annualisée sur 30 jours – et le marché devient moins indulgent. La faiblesse constatée chez Broadcom a provoqué un mouvement de vente sectoriel qui a emporté les valeurs liées à l’IA. Nvidia en fait les frais, mais la thèse fondamentale n’est pas brisée. Le consensus des analystes table sur un objectif de cours de 257,88 euros, soit un potentiel de hausse de plus de 45 %. Une valorisation qui intègre une capitalisation boursière d’environ 4 300 milliards d’euros – peu de place pour les demi-mesures.
La question centrale est désormais celle de la pérennité de la plateforme. Le partenariat avec Apple ancre Nvidia dans la sécurité du cloud ; celui avec Microsoft l’installe dans les postes de travail personnels. Si l’IA reste majoritairement centralisée, Nvidia demeurera incontournable, mais dépendant des budgets des géants du cloud. Si elle devient une couche informatique distribuée – sur les PC, les stations créatives et les outils de bureau –, l’univers adressable s’élargit considérablement. C’est ce scénario que les investisseurs attendent de voir se concrétiser, trimestre après trimestre.
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