Jamais le contraste n’a été aussi net entre l’ambition stratégique de Nvidia et le comportement de son action. Alors que le groupe scelle un accord à 6,2 milliards de dollars avec le gouvernement japonais et que Washington assouplit ses règles d’exportation vers les Émirats arabes unis, le titre cède 2,14 % vendredi pour clôturer à 177,46 euros, repassant derrière Apple au classement des capitalisations mondiales.
Le Japon, laboratoire de l’IA physique
Jensen Huang a profité de son déplacement à Tokyo pour officialiser un partenariat avec la start-up nippone Noetra, sous l’égide du programme « FRONTia » du ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI). L’État finance à hauteur de 6,2 milliards de dollars sur cinq ans la construction d’une infrastructure nationale dédiée à l’IA physique et à la robotique, que Nvidia présente comme une première mondiale. Au cœur du dispositif : 27 500 GPU de la future génération Rubin. Un consortium de 44 grandes entreprises japonaises — SoftBank, Sony, Honda, NEC — participe au projet, dont l’ambition est de développer des modèles multimodaux localisés pour l’industrie nippone.
Une brèche réglementaire dans le Golfe
Parallèlement, les États-Unis ont rehaussé le 10 juillet 2026 le statut de confiance des Émirats arabes unis, autorisant désormais l’exportation de processeurs Blackwell sans autorisation individuelle préalable. Les analystes y voient un levier important pour la croissance : la restriction des ventes de technologies de pointe à certains États figurait parmi les principaux risques pesant sur l’action. L’assouplissement devrait accélérer le déploiement de data centers dans la région.
Pourquoi le marché n’emballe pas
Malgré ces avancées, l’action évolue sous son plus haut annuel de 202,50 euros (atteint en mai), avec un repli de 3,97 % sur la semaine. La raison tient moins à une déception sur le Japon ou les Émirats qu’à une rotation sectorielle : les investisseurs délaissent temporairement les semi-conducteurs pour se tourner vers les services d’IA orientés consommation. Apple en profite pour reprendre la première place avec une capitalisation de 4 900 milliards de dollars, contre 4 860 milliards pour Nvidia.
Techniquement, le titre se situe à 2,4 % sous sa moyenne mobile à 50 jours (181,83 euros), tout en restant nettement au-dessus de la moyenne à 200 jours (165,34 euros). Le RSI à 48,8 n’indique ni surachat ni survente. Un signal de retournement pourrait venir d’une cassure sous 30 (survente) ou au-dessus de la résistance des 182 euros.
Rubin en ordre de marche, la Chine en point mort
L’enjeu central pour les prochains mois reste la transition vers l’architecture Vera-Rubin. Jensen Huang a démenti les rumeurs de retards lors de son passage à Tokyo, affirmant que la plateforme est entrée en phase de production. Les premiers volumes devront prouver la promesse d’une réduction par dix des coûts d’inférence. Parallèlement, la situation chinoise demeure bloquée : les livraisons de H200 restent « très faibles » selon des responsables américains, et les négociations sur les contrôles de clientèle n’avancent pas.
Le scénario haussier mise sur le rythme effréné des cycles produits et une diversification géographique. Huang a évoqué une visibilité de chiffre d’affaires d’environ 1 000 milliards de dollars d’ici 2027 pour Blackwell et Vera Rubin. Le dernier trimestre affiche 81,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+85 % sur un an), dont 75,2 milliards pour le seul segment Data Center. Le programme de rachat d’actions de 80 milliards d’euros et un ROIC supérieur à 90 % renforcent la thèse fondamentale.
Les prochains catalyseurs
La conférence SIGGRAPH, qui s’ouvre aujourd’hui à Los Angeles, sera un test décisif. La keynote de Nvidia, prévue en fin d’après-midi, devrait détailler les progrès en neural rendering, world models et simulation générative. Les investisseurs guetteront surtout les premiers signes concrets de la montée en puissance de Rubin. Le prochain rendez-vous majeur sera la publication des prévisions pour le second trimestre fiscal, attendues autour de 91 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Le consensus des analystes place l’objectif de cours moyen à 263,95 euros, soit un potentiel de 48,7 % par rapport au cours actuel. Mais tant que l’action reste sous sa moyenne à 50 jours, le biais court terme demeure prudent, et un test des 165 euros n’est pas à exclure.
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