Alors que les frappes américaines contre l’Iran s’intensifient et que le détroit d’Ormuz reste sous contrôle iranien, l’or refuse de jouer son rôle traditionnel de valeur refuge. Le métal jaune a clôturé vendredi à 4 021,30 dollars l’once, en hausse de 1,03 % sur la journée, mais accuse toujours une perte hebdomadaire de 2,58 %. Depuis le début de l’année, le recul atteint 7,19 %, et 5,98 % sur un mois. L’once se trouve à seulement 3,08 % de son plus bas annuel datant de fin octobre (3 901,30 dollars).
Le paradoxe saute aux yeux : l’escalade militaire au Moyen-Orient aurait dû profiter à l’or. Mais les marchés traitent le conflit comme un choc inflationniste, non comme un catalyseur de fuite vers la sécurité. La raison tient au pétrole : des prix du brut plus élevés alimentent l’inflation sous-jacente, ce qui pousse la Réserve fédérale à maintenir, voire à durcir, sa politique monétaire. Et des taux plus hauts sont le pire ennemi de l’or.
La Fed sous pression, le calendrier des taux se précise
Le 17 juin, la Fed a laissé son taux directeur inchangé entre 3,50 % et 3,75 % pour la quatrième fois consécutive. La décision, prise à l’unanimité (12-0), était la première sous la présidence de Kevin Warsh. Neuf des dix-huit membres du FOMC tablent désormais sur au moins un nouveau tour de vis d’ici la fin de l’année. Sur les marchés à terme, la probabilité d’une hausse en septembre atteint 51 %, et 73 % pour décembre. Les données récentes sont contrastées : les prix à la consommation et à la production ont baissé en juin grâce au recul de l’énergie, mais les prix à l’importation ont surpris à la hausse. Une hausse en juillet semble écartée, mais le ton au sein de la Fed se durcit : Logan réclame publiquement un resserrement, Jefferson s’y montre ouvert. La prochaine réunion, le 29 juillet, sera décisive.
Les banques centrales achètent, mais le marché doute
Dans ce contexte délicat, les banques centrales continuent d’accumuler de l’or à un rythme soutenu. Goldman Sachs reste optimiste : l’analyste Lina Thomas estime que les achats institutionnels ont atteint environ 81 tonnes en mai, soit 67 tonnes par mois en données désaisonnalisées – un volume bien supérieur à la moyenne de 17 tonnes observée avant 2022. La Banque populaire de Chine a acheté 14,93 tonnes en juin, son plus gros achat mensuel depuis octobre 2023, portant à vingt mois sa série d’achats ininterrompue. Fait notable, Pékin a concentré ses acquisitions pendant le trimestre le plus faible pour l’or depuis la phase de « taper tantrum » de 2013, ce qui suggère une stratégie de réserves à long terme, indépendante des fluctuations de court terme. Goldman voit dans cette demande un plancher solide sous le cours.
D’autres établissements se montrent plus réservés. JPMorgan a réduit son objectif de cours pour le quatrième trimestre 2026 d’environ un quart, à 4 500 dollars. Bank of America a mis en garde contre de nouvelles baisses, en s’appuyant sur des parallèles avec les sommets de 1980 et 2011. Le World Gold Council estime la valeur fondamentale de l’or à environ 4 100 dollars, avec une marge de fluctuation de 5 % – le cours actuel se situe juste en dessous, sans avoir enfoncé la bande basse.
Lecture technique : la zone des 3 900‑4 100 dollars est cruciale
L’indice de force relative (RSI) s’établit à 40,6, signalant une faiblesse marquée mais pas de situation de survente. L’écart avec les moyennes mobiles s’est creusé : le cours est inférieur de 6,57 % à sa moyenne à 50 jours (4 304,16 dollars) et de 11,43 % à sa moyenne à 200 jours (4 540,09 dollars). La zone de support entre 3 900 et 4 100 dollars reste déterminante pour la tendance de court terme. Si elle tient, la correction en cours pourrait servir de base à un retour vers les moyennes mobiles puis vers le record absolu. À la hausse, la résistance majeure se situe entre 4 300 et 4 400 dollars, où les précédentes tentatives de reprise ont échoué.
L’ensemble du compartiment des métaux précieux est sous pression. L’argent a cédé 0,6 % à 55,20 dollars, le platine 1,1 % à 1 599,17 dollars et le palladium 0,4 % à 1 244,16 dollars. Le ratio or/argent s’est élargi à environ 72, signe que l’argent a davantage absorbé les craintes liées aux taux.
Jusqu’au 29 juillet, l’once oscillera entre deux forces antagonistes : la demande structurelle des banques centrales, qui ancre le prix par le bas, et la perspective d’une Fed plus agressive, alimentée par l’inflation pétrolière. La diplomatie et les statistiques économiques américaines dicteront lequel de ces deux récits l’emportera.
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