Le métal jaune vit une contradiction rare. D’un côté, les banques centrales accumulent l’or à un rythme inédit depuis des années, la Chine en tête pour le vingtième mois consécutif. De l’autre, l’escalade militaire autour du détroit d’Ormuz – l’Iran a bloqué la voie maritime le 12 juillet, les États-Unis ont riposté par plus de 140 frappes – n’a pas suffi à enrayer la lente glissade des cours. L’once a clôturé vendredi à 4.127,60 dollars, en baisse de 1,18 % sur la semaine et de 4,93 % depuis janvier. Ce paradoxe prépare le terrain à une semaine charnière, marquée par la comparution du faucon Kevin Warsh devant le Congrès et la publication des prix à la consommation américains.
La soif d’or des banques centrales ne se dément pas. La Banque populaire de Chine a ajouté environ 480.000 onces fines (15 tonnes) à ses réserves en juin, portant à vingt mois sa série d’achats ininterrompus. La Pologne reste le premier acheteur mondial en 2025 : près de 19 tonnes acquises le mois dernier, pour un stock total de 632,4 tonnes. L’Ouzbékistan (16,5 tonnes) et le Kazakhstan (6,5 tonnes) suivent, tandis que la République tchèque a engrangé 3,4 tonnes depuis janvier. Selon l’enquête du World Gold Council auprès de 74 banques centrales, 45 % d’entre elles prévoient d’accroître leurs réserves d’or dans les douze mois à venir – un record depuis le début de l’étude en 2018. Une seule institution envisage de réduire ses avoirs. Les motifs invoqués sont la diversification, l’incertitude géopolitique et la volonté de s’éloigner du dollar, que les trois quarts des répondants jugent voué à perdre du terrain dans les réserves mondiales.
Ces achats structurels n’empêchent pas l’once de dévisser. Depuis son sommet historique de 5.626,80 dollars atteint en janvier 2026, le repli atteint 26,64 %. Le RSI, à 44, signale une tendance neutre à légèrement baissière, sans surachat ni survente extrême. Le cours évolue 5,45 % en dessous de sa moyenne mobile à 50 jours (4.365,48 dollars) et 9,07 % sous celle à 200 jours. Le plus bas des 52 semaines, enregistré en octobre 2025 à 3.901,30 dollars, n’est plus qu’à 5,80 % – un rapprochement qui inquiète les opérateurs de court terme.
La pression vient en premier lieu de la politique monétaire américaine. Les minutes de la réunion de la Fed en juin ont révélé des inquiétudes croissantes sur l’inflation, certains membres plaidant même pour un relèvement des taux avant que le statu quo ne l’emporte. Un dollar ferme et des taux élevés nuisent traditionnellement à l’or, actif sans rendement. Dans ce contexte, la comparution de Kevin Warsh mardi 14 juillet sera scrutée de près : réputé faucon, le président de la Fed pourrait confirmer une orientation restrictive, d’autant que l’indice CPI de juin – attendu entre 3,8 et 3,9 % sur un an – déterminera la marge de manœuvre de l’institution.
La crise géopolitique apporte pourtant un soutien classique au métal refuge. Après la fermeture du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution iraniens, par où transite normalement 20 % du pétrole mondial, les États-Unis ont frappé 140 cibles sur le sol iranien. Téhéran a répliqué par des attaques contre des navires et des sites aux Émirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn. L’Oman a proposé une route alternative méridionale, sans accord pour l’instant. La Banque centrale européenne met en garde contre un effet amplificateur des algorithmes de trading pilotés par l’intelligence artificielle, qui pourraient exacerber la volatilité sur les marchés financiers.
La semaine qui s’ouvre cumule les tests. Outre le discours de Warsh et les chiffres de l’inflation, la saison des résultats des grandes banques américaines débute mardi, drainant liquidités et attention des investisseurs. L’or se retrouve ainsi tiraillé entre deux forces contraires : les achats des banques centrales et les tensions au Moyen-Orient plaident pour une appréciation, tandis que les perspectives de resserrement monétaire et la vigueur du dollar continuent de peser. La consolidation pourrait se prolonger tant que les attentes de taux ne fléchiront pas – à moins que le conflit iranien ne prenne une tournure encore plus explosive.
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