Les investisseurs qui cherchent un consensus sur Valneva doivent se contenter d’une conclusion : le titre est impossible à prévoir. Goldman Sachs vient de passer la société à « vendre » avec un objectif de 2,15 euros, à peine au-dessus du dernier cours. Jefferies, elle, maintient son conseil d’achat et un objectif de 15 dollars – soit près de sept fois plus. Entre les deux, l’action oscille à 2,22 euros, effaçant 42,18 % depuis le début de l’année et campant à 57 % de son plus haut des douze derniers mois.
Cette polarisation trouve son origine dans une même donnée clinique, lue de manière radicalement opposée. Le canditat vaccin anti-Lyme VLA15, développé avec Pfizer, a montré une efficacité supérieure à 70 % dans l’étude de phase 3 VALOR, sans aucun problème de sécurité. Pour Jefferies, c’est un motif suffisant pour justifier une homologation. Goldman retient, lui, l’échec d’un critère secondaire du même essai – et en tire une conclusion inverse. Le même pipeline donne naissance à deux thèses d’investissement irréconciliables.
Les difficultés commerciales, elles, ne souffrent d’aucune ambigüité. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires a chuté de 37,2 % à 30,9 millions d’euros, et la perte nette a bondi de 249 % à 32,1 millions. Les trois produits phares – IXIARO, DUKORAL et IXCHIQ – ont tous reculé. L’échec commercial du vaccin contre le chikungunya Ixchiq aux États-Unis pèse lourd, tout comme le retrait de la demande d’homologation par la FDA. La direction a réagi par un plan d’économies drastique : jusqu’à 15 % des effectifs supprimés et une baisse des coûts opérationnels de 25 à 35 % en 2026. Les réserves de trésorerie s’amenuisent, tandis que la levée du lock-up sur les actions émises en avril, confirmée le 2 juillet, ajoute une pression technique supplémentaire.
Pourtant, le catalyseur majeur reste intact. Pfizer doit déposer une demande d’autorisation pour VLA15 dans l’année. Si le feu vert est obtenu, le vaccin viendrait combler un vide – il n’existe aujourd’hui aucun vaccin homologué contre la borréliose de Lyme pour les plus de cinq ans aux États-Unis, au Canada ou en Europe. Valneva qualifie son candidat de percée sans concurrent direct. Un deuxième projet, le vaccin anti-shigellose S4V2, attend des résultats de phase intermédiaire en 2026. Mais en l’absence de calendrier ferme, la valeur reste suspendue aux annonces réglementaires.
Le marché traduit cette attente par des indicateurs techniques maussades : le RSI à 14 jours culmine à 37,9, le titre évolue sous ses moyennes mobiles à 50 jours (2,39 euros) et à 200 jours (3,48 euros). La capitalisation boursière plafonne à 449 millions – un montant dérisoire au regard de l’objectif de Jefferies, mais cohérent avec la vision prudente de Goldman. Pour les actionnaires, le prochain trimestre sera décisif : soit Pfizer concrétise le dépôt réglementaire et referme le fossé entre les deux analystes, soit les craintes de Goldman l’emportent et le titre glisse vers son plus bas historique.
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