Le métal jaune traverse une zone de turbulences inédite depuis deux mois. Alors que les banques centrales accumulent l’or à un rythme soutenu, les investisseurs financiers occidentaux désertent le marché, pénalisés par la hausse des rendements obligataires américains. Le résultat est une dégradation technique marquée, qui a vu le cours de l’once passer sous sa moyenne mobile à 200 jours — un signal baissier que les analystes ne prennent pas à la légère.
Ce mercredi, l’once s’échangeait autour de 4 290,60 dollars, après avoir touché lundi son plus bas niveau depuis plus de deux mois, à 4 281,80 dollars. Sur une semaine, le repli atteint environ 5 %. Le RSI, indicateur de momentum, frôle désormais 31, signe que le métal s’enfonce en territoire de survente. Mais pour l’instant, ce seuil technique n’a pas déclenché de rebond significatif.
Le coup de butoir des rendements et de l’inflation
La pression vient d’abord des marchés obligataires. Le rendement du Treasuries à dix ans a touché un plus haut de deux semaines, ce qui renchérit le coût d’opportunité de l’or, actif sans rendement. Selon l’outil FedWatch du CME, la probabilité d’un nouveau relèvement des taux directeurs d’ici décembre dépasse 70 % — un vent contraire de taille pour le métal jaune, qui pèse également sur le dollar.
Tous les regards se tournent désormais vers la publication de l’indice des prix à la consommation américain pour le mois de mai, attendue cette semaine. En avril, l’inflation globale s’établissait à 3,8 % sur un an, tirée par l’énergie (+18 %). Les économistes tablent sur une inflation sous-jacente de 2,9 % pour mai. « Si la hausse des prix s’avère plus forte que prévu, les attentes de resserrement monétaire pourraient encore grimper et enfoncer l’or davantage », avertissent les stratèges de la Commerzbank. Un scénario qui raviverait le cercle vicieux entre pétrole cher, inflation et rendements — au détriment du métal précieux.
Des achats officiels record… mais insuffisants
Du côté de la demande physique, le tableau est dichotomique. La Banque populaire de Chine a accru ses réserves d’or de dix tonnes en mai, portant le total à près de 2 332 tonnes. Il s’agit du 19e mois consécutif d’achats nets. Sur le premier trimestre, la demande mondiale d’or a atteint 1 231 tonnes, en hausse de 2 % par rapport à l’an dernier, les banques centrales ayant ajouté 244 tonnes nettes à leurs réserves. La production minière a d’ailleurs signé un record pour un premier trimestre.
Pourtant, ce soutien institutionnel ne compense pas le désengagement des investisseurs occidentaux. Le SPDR Gold Trust, le plus grand ETF aurifère au monde, a vu ses avoirs fondre de 0,5 %, à environ 930 tonnes. Comme le souligne le World Gold Council, la demande d’investissement ne suit plus.
La prime de risque géopolitique s’évapore
La détente entre l’Iran et Israël a fait fondre la prime de crise qui soutenait encore le métal jaune il y a quelques semaines. Le cessez-le-feu fragile ne suffit plus à contrebalancer la pression exercée par les rendements. Pis encore, la flambée des prix de l’énergie — en partie liée aux tensions géopolitiques — alimente les anticipations d’inflation et pousse les taux à la hausse, un mécanisme pervers qui se retourne contre l’or.
Ce mouvement baissier a gagné l’ensemble du complexe des métaux précieux : l’argent a cédé plus de 3 % récemment, tandis que le platine et le palladium ont également reculé.
Des niveaux techniques à surveiller
La cassure de la moyenne mobile à 200 jours ouvre une nouvelle phase baissière. Les analystes techniques identifient un premier support vers 4 100 dollars. Si ce niveau cède, la prochaine zone psychologique se situe à 4 000 dollars. À plus long terme, certains optimistes persistent : les experts de Yardeni Research maintiennent un objectif de 5 500 dollars pour fin 2026, à condition que l’environnement macroéconomique se stabilise. Mais à court terme, les ours tiennent fermement le marché.
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