Le marché de l’or retient son souffle. Alors que le métal jaune oscillait autour de 4 046 dollars l’once vendredi, les investisseurs digèrent une série de signaux contradictoires : une Fed qui campe sur ses positions, une Chine qui réoriente brutalement sa demande et un géant minier qui affiche des résultats records. Le tout dans un contexte géopolitique toujours tendu au Moyen-Orient.
La semaine qui s’ouvre sera dominée par la réunion de la Réserve fédérale mercredi. Les marchés anticipent un statu quo sur les taux, maintenus dans la fourchette de 3,50 à 3,75 %. Mais le ton du président Kevin Warsh, qui a réaffirmé vendredi une « tolérance zéro » pour l’inflation, a douché les espoirs d’un assouplissement rapide. Les analystes de J.P. Morgan voient les taux stables jusqu’à fin 2026, avec une première hausse seulement au troisième trimestre 2027 – un scénario qui contredit les paris du marché, où la probabilité d’un tour de vis dès septembre atteint 82 %. Ce décalage nourrit la nervosité ambiante.
Pékin coupe les ailes du « papier-or »
Le véritable séisme de la semaine vient de Chine. Plusieurs grandes banques – ICBC, Postal Savings Bank, Ping An Bank, China Guangfa Bank et China Construction Bank – ont mis fin au trading de « papier-or » pour les particuliers sur la Bourse de l’or de Shanghai. Les produits à effet de levier comme l’Au99.99, l’Au100g et les contrats Au(T+D) et Ag(T+D) sont concernés. Les clients détenant des positions doivent les solder ou basculer vers du physique. Le commerce de l’or physique, les ETF et les transactions institutionnelles restent autorisés.
Cette décision, motivée par la volonté de réduire les risques liés aux positions fortement spéculatives après des périodes de forte volatilité, provoque un glissement massif vers les avoirs tangibles. Les douanes chinoises ont enregistré des importations de 173 tonnes d’or en juin, le niveau le plus élevé depuis mars 2024, contre 163 tonnes en mai. Sur les cinq premiers mois de l’année, le total atteint 692 tonnes, soit une progression de 76 % sur un an. La baisse des prix, un yuan plus ferme et l’utilisation des quotas d’importation par les banques locales expliquent cette ruée.
L’expert Joshua Rotbart interprète cette évolution comme un recentrage : la Chine ne se détourne pas de l’or, elle élimine simplement la spéculation du système. La banque centrale chinoise achète d’ailleurs de l’or net depuis vingt mois consécutifs, un mouvement qui soutient la demande institutionnelle et découple le marché physique des soubresauts du trading à effet de levier.
Newmont : le cash-flow coule à flots
Pendant que la spéculation se tarit en Chine, les mineurs occidentaux engrangent les bénéfices. Newmont a publié un bénéfice par action de 2,10 dollars au deuxième trimestre, dépassant le consensus de 1,99 dollar. Le prix réalisé de l’or a bondi à 4 414 dollars l’once, contre 3 320 dollars un an plus tôt. La production a certes reculé à 1,29 million d’onces (contre 1,48 million), mais le free cash-flow a atteint un record de 2,2 milliards de dollars. Le groupe confirme ses prévisions annuelles et prévoit des investissements de 1,4 milliard de dollars pour 2026. Ses réserves dépassent 90 millions d’onces, et la production du troisième trimestre devrait rester stable.
Les banques centrales africaines emboîtent le pas
La tendance à la diversification des réserves gagne aussi l’Afrique de l’Est. Les banques centrales du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Rwanda, du Burundi, du Soudan du Sud et de la Somalie, réunies à Kampala, ont appelé à accroître les achats d’or pour réduire leur dépendance au dollar. Le Kenya, qui ne détient que 0,02 tonne d’or dans ses réserves, dispose de 13,85 milliards de dollars de réserves de change, soit l’équivalent de 5,6 mois d’importations. L’Inde poursuit également son accumulation, malgré la baisse des prix intérieurs, dans la lignée du record de 1 136 tonnes achetées par les banques centrales mondiales en 2022.
Le marché guette la Fed et le pétrole
Sur le front des positions spéculatives, la prudence domine. Les positions nettes longues sur les futures de l’or ont reculé à 183 900 contrats, contre 186 700 la semaine précédente, selon les données de la CFTC. L’indice RSI, à 44,4, ne signale ni surachat ni survente, tandis que l’écart avec le sommet des 52 semaines atteint près de 28 %.
Le conflit au Moyen-Orient ajoute une couche d’incertitude. Après une attaque des Houthis contre des pétroliers saoudiens, le baril de Brent a brièvement dépassé les 100 dollars avant de chuter de plus de 3 % vendredi. La mission européenne Aspides a relevé le niveau de menace pour les navires en mer Rouge de moyen à élevé. Parallèlement, des indices PMI allemands meilleurs que prévu – l’industrie à 52,2 points contre 50,1 attendu – ont fait grimper les rendements obligataires et poussé l’euro autour de 1,14 dollar. La BCE a maintenu ses taux à 2,25 %, 2,40 % et 2,65 %, tout en laissant toutes les options ouvertes.
Dans ce maelström, la barre des 4 000 dollars reste le niveau clé à surveiller. Les analystes d’ING la jugent déterminante pour la direction à court terme. Entre une Fed inflexible, une Chine qui réorganise son marché et des tensions géopolitiques qui ne faiblissent pas, l’or navigue en eaux troubles – mais trouve dans la demande physique asiatique et institutionnelle un plancher qui pourrait bien tenir.
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