Le paradoxe devient flagrant. Jamais les banques centrales n’ont acheté autant d’or, et pourtant le métal jaune poursuit sa dégringolade. Vendredi, le cours spot a cédé 1,3 % à 4 173 dollars l’once, portant la perte mensuelle à près de 8 %. Depuis le record de janvier à 5 627 dollars, l’once a perdu plus d’un quart de sa valeur — un mouvement baissier que rien ne semble enrayer à court terme.
Le coup double est venu de deux directions opposées mais tout aussi puissantes. D’un côté, l’accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran a dissipé les craintes d’escalade au Moyen-Orient. La prime de crise, qui avait soutenu l’or comme valeur refuge, s’est évaporée. Les investisseurs qui comptaient sur une flambée géopolitique ont redirigé leurs capitaux vers les actions. Certes, les discussions de mise en œuvre à Genève ont pris du retard, mais le marché juge désormais le risque bien moins élevé qu’en début de mois.
De l’autre côté, la Réserve fédérale sous Kevin Warsh a durci le ton. Le statu quo des taux entre 3,50 % et 3,75 % s’accompagne d’un signal clair : près de la moitié des membres du FOMC jugent une hausse supplémentaire nécessaire d’ici la fin 2026. Le dollar a bondi à son plus haut niveau depuis treize mois, renchérissant l’or pour les acheteurs hors zone dollar. Combiné à la remontée des rendements obligataires, l’attrait du métal jaune — qui ne verse aucun coupon — s’effondre.
Pourtant, les banques centrales n’ont jamais été aussi actives. Selon une enquête du World Gold Council auprès de 74 instituts, les achats annuels atteignent en moyenne 1 000 tonnes, soit le double de la décennie précédente. Près de neuf répondants sur dix envisagent d’accroître encore leurs réserves. Neuf pour cent ont rapatrié une partie de leur stock pour réduire leur dépendance vis-à-vis des dépositaires étrangers. Pour la première fois, l’or a détrôné les bons du Trésor américain comme principale réserve mondiale, selon la BCE. Rien qu’au premier trimestre 2026, les achats nets se sont élevés à 244 tonnes. La Chine a encore étoffé ses réserves en mai.
Ces achats institutionnels agissent comme un coussin, maintenant le cours au-dessus du seuil psychologique des 4 000 dollars. Mais les spéculateurs, eux, désinvestissent massivement. Le RSI, tombé à 35, indique que la pression vendeuse n’est pas épuisée. Techniquement, l’once évolue très en dessous de sa moyenne mobile à 200 jours, située à 4 450 dollars, ce qui confirme la tendance baissière de fond.
Les grandes banques ne se laissent pas décourager par ce marasme passager. J.P. Morgan vise 6 000 dollars d’ici à la fin de l’année, Commerzbank table sur 4 800 dollars, et Metals Focus anticipe un cours moyen annuel de 4 920 dollars. Les facteurs macroéconomiques — notamment l’inflation américaine qui a grimpé à 4,2 % en mai — justifient selon elles une revalorisation dès que la Fed assouplira son discours.
La semaine qui s’ouvre sera cruciale pour la suite du mouvement. Le 23 juin, les indices PMI américains seront publiés, suivis le 25 par le très attendu indice PCE. Ces données guideront la prochaine cassure technique, dans un marché où l’offre des banques centrales et la demande des investisseurs financiers tirent dans des directions opposées.
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