Les frappes américaines contre l’Iran auraient dû propulser l’or vers de nouveaux sommets. C’est l’inverse qui se produit. Le métal jaune a touché jeudi un plus bas de près de deux mois à 4 397,86 $ l’once, soit une glissade d’environ 1 % par rapport au cours de clôture de la veille (4 481,30 $). L’écart avec le plus haut annuel de 5 450 $ atteint désormais 18 %. Sur un mois, le recul dépasse 4,6 %, même si le gain depuis le 1er janvier reste positif de 3,21 %.
Ce paradoxe s’explique par une double force contraire : la vigueur du dollar et la fermeté des discours de la Réserve fédérale. L’escalade au Proche-Orient a certes fait grimper le pétrole de près de 2 %, mais elle a surtout déclenché une ruée vers le billet vert. Pour les acheteurs hors zone dollar, l’or devient mécaniquement plus cher, ce qui freine la demande. Le réflexe de safe haven a donc été court‑circuité.
Parallèlement, les responsables de la Fed ont réitéré leur posture prudente. La gouverneure Lisa Cook a jugé nécessaire de maintenir les taux inchangés, sans exclure de nouvelles hausses. Son collègue Philip Jefferson a qualifié la politique actuelle d’« appropriée ». Neel Kashkari, de son côté, a clairement placé la lutte contre l’inflation au‑dessus des craintes pour l’emploi. Ces messages renforcent l’attrait des obligations d’État, dont les rendements à trente ans dépassent 5 % pour la première fois depuis 2007. L’or, qui ne verse aucun revenu, perd ainsi en attrait relatif.
Le secteur des métaux précieux subit la même pression. L’argent a chuté de 1,7 % à 73,34 $ l’once, le platine a cédé 0,5 %, le palladium 0,7 %. L’indice S&P GSCI Precious Metals évolue à 5 962 points, en baisse de plus de 3,2 % depuis le début de l’année.
Du côté des mines, Endeavour Mining a pourtant livré des résultats solides au premier trimestre 2026 : un bénéfice ajusté de 370 millions de dollars, contre 219 millions un an plus tôt, pour une production de 282 000 onces et un coût total de 1 834 $ l’once. Mais même ce bon bulletin n’a pas suffi à protéger le titre du vent mauvais qui souffle sur l’ensemble du compartiment.
Les rumeurs d’un accord-cadre avec l’Iran pour rouvrir le détroit d’Ormuz ont en outre atténué la prime de risque géopolitique. Le brut WTI est retombé à 89 $, et le Brent a perdu jusqu’à 5 % en séance mercredi. Le marché a préféré parier sur une désescalade diplomatique, réduisant d’autant le soutien dont l’or bénéficiait ces dernières semaines.
Techniquement, le tableau reste fragile. Le cours évolue sous sa moyenne mobile à 50 jours de 3,47 %, tandis que le RSI, à 49,8, n’indique ni surachat ni survente. La zone des 4 400‑4 600 $ constitue un couloir étroit où l’or se meut depuis une dizaine de jours. Les analystes estiment qu’une cassure nette des 4 500 $ ouvrirait la voie vers 4 100‑4 000 $.
Tous les regards se tournent désormais vers la publication de l’indice PCE, prévue jeudi après‑midi. Mesure d’inflation favorite de la Fed, des chiffres supérieurs aux attentes prolongeraient la pression sur le métal jaune en confortant le discours restrictif de la banque centrale. À l’inverse, un ralentissement des prix pourrait provoquer un retournement rapide et faire de 4 500 $ la première résistance à reprendre.
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