Jamais le métal jaune n’avait été aussi convoité par les institutions monétaires, et jamais pourtant le cours ne s’était montré aussi rétif. Tandis que les banques centrales accélèrent le rééquilibrage de leurs réserves au détriment du billet vert, l’once subit une pression inédite, prise en étau entre les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les anticipations de taux de la Fed.
L’attaque de deux navires marchands dans le détroit d’Ormuz — le tanker Al Rekayyat touché par des roquettes des Gardiens de la révolution le 6 juillet, suivi d’un drone — aurait dû déclencher une ruée vers l’or. Il n’en fut rien. La flambée du pétrole a ravivé les craintes inflationnistes, renforcé le dollar (indice autour de 100,90 points) et alourdi le coût de détention du métal sans rendement. Résultat : l’once a clôturé à 4 153,70 dollars, en baisse de 0,55 % sur la séance. Sur sept jours, elle conserve néanmoins un gain de 2,71 %, signe de la nervosité ambiante.
Ce paradoxe apparent s’explique par la mécanique des taux longs. La probabilité d’un relèvement en septembre oscille autour de 56 %, et le rendement du 10 ans américain atteint 4,51 %. John Williams, président de la Fed de New York, juge la politique monétaire « bien positionnée », mais les minutes du comité de politique monétaire (FOMC), publiées cette semaine, pourraient révéler des divergences sur la durée du resserrement. Les analystes de Bank of America et de Goldman Sachs ont d’ailleurs réduit leurs prévisions de fin d’année, les ramenant entre 4 000 et 4 900 dollars.
Pourtant, la demande institutionnelle ne faiblit pas. Une enquête de l’Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF) auprès de 90 banques centrales et fonds souverains — gérant plus de 10 000 milliards de dollars — révèle une inflexion historique : pour la première fois, une majorité d’entre elles prévoit de réduire la part du dollar dans leurs réserves. La part du billet vert est tombée à 57,8 %, son plus bas niveau depuis 1994. Parallèlement, 82 % des institutions détiennent désormais de l’or physique, et la valeur totale des réserves d’or des banques centrales dépasse celle de leurs titres de dette américains.
Les motivations sont essentiellement géopolitiques pour 51 % des répondants. Et les anticipations de prix sont spectaculaires : 61 % des institutions tablent sur un cours compris entre 5 000 et 6 000 dollars d’ici douze mois. Net, 30 % des instituts prévoient d’accroître leurs avoirs aurifères dans les un à deux ans. Une enquête du World Gold Council confirme cette tendance : 89 % des banques centrales interrogées entendent augmenter leurs réserves sur les douze prochains mois. La Chine, déjà premier acheteur, a ajouté 14,9 tonnes en juin, portant son stock à 75,44 millions d’onces.
L’infrastructure de marché s’adapte à cet appétit. Vantage Markets a annoncé le lancement d’un trading de CFD sur or 24 heures sur 24, tandis que le CME prépare un marché à terme continu. Aujourd’hui, 60 % du volume des contrats à terme financiers traditionnels porte sur l’or et l’argent.
Sur le plan technique, l’once évolue à 26 % sous son sommet à 5 626,80 dollars atteint fin janvier, et à 6,47 % seulement du plus bas annuel de 3 901,30 dollars. Le RSI, à 44,5, ne signale ni surachat ni survente. Les chartistes sont partagés : certains voient une formation de sommet, d’autres un biseau haussier. La clé reste un franchissement solide et durable des 4 200 dollars, seuil qui validerait la reprise du trend haussier de long terme.
Le contraste est saisissant entre la stratégie de long terme des banques centrales et les soubresauts quotidiens dictés par les rendements obligataires et le dollar. Les minutes de la Fed mercredi apporteront un éclairage sur la persistance de la contrainte monétaire. Mais une chose est certaine : jamais le divorce entreacteurs institutionnels et marchés financiers n’avait été aussi flagrant sur l’or.
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