La semaine écoulée restera comme celle où le marché de l’or a changé de logiciel. Après des semaines de spéculation sur la trajectoire des taux directeurs américains, c’est finalement une annonce du Trésor américain qui a mis le feu aux poudres : le rachat massif d’obligations d’État à longue échéance. Combiné à un dollar affaibli et à des indicateurs conjoncturels décevants, ce signal a propulsé le métal jaune au-delà de 4.600 dollars l’once le 21 août, une première depuis la mi-mai.
Le Trésor américain, nouveau chef d’orchestre
Les opérations de rachat de titres longs annoncées par Washington sont interprétées par les observateurs comme une volonté de soutenir la liquidité du marché obligataire et de comprimer les rendements à l’extrémité longue de la courbe. Pour un actif qui ne verse aucun coupon, pareil environnement joue traditionnellement en sa faveur. Les bureaux de Londres ont ainsi coté l’once à 4.601 dollars le 21 août, en hausse de près de 2 % sur une séance, tandis que Reuters y voyait également la confirmation d’une tendance technique, le cours ayant déjà franchi sa moyenne mobile à 200 jours.
Le mouvement ne doit pourtant rien au hasard. Depuis le 17 août, les cambistes assistaient à un affaiblissement progressif du billet vert, conjugué à un reflux des anticipations de hausses de taux supplémentaires. Les tensions géopolitiques au Proche-Orient, elles, sont restées en arrière-plan, sans jouer de rôle moteur. HSBC préférait d’ailleurs mettre en avant les achats institutionnels et ceux des banques centrales comme socle structurel du marché.
Les banques centrales changent d’échelle
C’est là que le récit rejoint une autre dynamique, plus souterraine mais tout aussi déterminante. Le World Gold Council a révélé fin juillet que les banques centrales avaient acheté 288,9 tonnes nettes au deuxième trimestre, soit 62 % de plus que les 177,9 tonnes enregistrées un an plus tôt — le meilleur deuxième trimestre jamais mesuré par l’institution. Cette reprise contraste violemment avec le premier trimestre, qui n’avait totalisé que 57 tonnes, le démarrage annuel le plus faible depuis plus d’une décennie et 187 tonnes sous les attentes des analystes.
Sur l’ensemble du premier semestre, les achats cumulés atteignent 345 tonnes, un volume inférieur aux 415 tonnes de la période correspondante de l’an dernier, mais la trajectoire s’est nettement redressée à mesure que le trimestre avançait. La Pologne mène la danse avec 51 tonnes acquises entre avril et juin, portant son total semestriel à 82 tonnes — une étape sur la route de son objectif affiché de 700 tonnes. La Chine n’est pas en reste : la banque centrale du pays a acheté 33 tonnes, son rythme trimestriel le plus soutenu depuis fin 2023, et Bloomberg rapporte que les réserves officielles chinoises se sont étoffées 21 mois d’affilée. Pour l’ensemble de l’année 2025, les instituts d’émission ont représenté 863,3 tonnes, soit 17,3 % de la demande mondiale.
Les investisseurs privés rattrapent leur retard
Le paradoxe de ces derniers mois tenait à une asymétrie frappante : tandis que les banques centrales accumulaient à des niveaux records, les particuliers désertaient le marché. Les ETF adossés à l’or ont ainsi enregistré des sorties de 45 tonnes au deuxième trimestre, principalement imputables aux fonds nord-américains. Ce mouvement s’est inversé depuis : le SPDR Gold Trust a engrangé 637 millions de dollars de souscriptions nettes le 7 août en une seule journée, signe que l’écart se referme progressivement.
Le lingot évolue désormais 2,5 % au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours et 11 % au-dessus de sa moyenne à 50 jours — un écart qui traduit la vélocité du récent mouvement. Sur trente jours, la progression atteint 14 %, et le cours a clôturé mardi à 4.658,41 dollars l’once, avant de s’inscrire à 4.664,05 dollars, en hausse de 0,3 % sur la journée et de 7,6 % sur une semaine. Le marché reste toutefois loin de ses sommets : 17 % le séparent du record sur 52 semaines de 5.598,58 dollars touché fin janvier, tandis que le plancher annuel de 3.351,10 dollars du 26 août s’éloigne, lui, de 39 %.
Sur le marché allemand, la tendance s’est également fait sentir : le prix du Xetra-Gold est passé de 120,20 à 124,40 euros le gramme en une semaine, avec une ouverture à 123,60 euros le 21 août.
Une fin d’été sous haute tension
Les prochaines semaines s’annoncent décisives. La publication de l’indice PCE pour juillet est attendue ce mardi, suivie le 30 août du discours du président de la Fed, Kevin Warsh, au symposium de Jackson Hole. Mais c’est la réunion du comité de politique monétaire des 15 et 16 septembre que les opérateurs guettent avec le plus d’attention, la jugeant cruciale pour l’orientation à venir du métal jaune. Les anticipations de fin d’année restent par ailleurs élevées : J.P. Morgan a été cité avec un objectif de 6.000 dollars l’once pour le quatrième trimestre 2026, sans qu’une date précise d’émission de cette prévision ait pu être confirmée.
Entre la mise en œuvre effective des rachats d’obligations du Trésor, la vigueur persistante des achats officiels et l’appétit retrouvé des investisseurs privés, l’or semble avoir trouvé un équilibre inédit — celui d’un marché porté à la fois par la politique budgétaire américaine et par la soif d’or des banques centrales.
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