Le métal jaune a signé vendredi l’une de ses plus belles séances de l’année. L’once a clôturé à 4.401,40 dollars, engrangeant 2,37 % sur la journée et laissant loin derrière elle le seuil psychologique des 4.300 dollars. Sur l’ensemble de la semaine, la progression atteint 7,07 %, une performance que le marché n’avait plus vue depuis plusieurs semaines.
Un rapport sur l’emploi qui bouleverse les anticipations
Tout est parti du rapport sur l’emploi américain publié le 7 août. Au lieu des créations de postes attendues par les économistes, l’économie des États-Unis a enregistré une contraction de 23.000 emplois en juillet. Un chiffre qui a pris les marchés de court et immédiatement relancé les paris sur un assouplissement monétaire de la Réserve fédérale.
Les opérateurs de swaps évaluent désormais à plus de 70 % la probabilité d’une baisse d’un quart de point d’ici le troisième trimestre. Jerome Powell, le président de la Fed, avait d’ailleurs laissé entendre après la dernière réunion du comité de politique monétaire qu’une détente serait envisageable si l’inflation continuait de ralentir. Dans la foulée du rapport, le rendement des emprunts d’État américains à dix ans a cédé 15 points de base et le dollar s’est déprécié de 1,2 %. Un cocktail idéal pour un actif qui, comme l’or, ne verse aucun coupon et profite mécaniquement de la baisse des rendements réels.
Le franchissement des 4.200 puis des 4.340 dollars s’est effectué sans difficulté. Reste désormais un obstacle de taille : la moyenne mobile à 200 jours, située à 4.535,54 dollars, que le cours n’aborde plus qu’à 2,96 % de distance. Un nouveau catalyseur pourrait toutefois permettre de combler ce fossé : les chiffres de l’inflation américaine pour juillet, attendus mercredi. Le consensus table sur une hausse des prix de 3,4 % sur un an. Des données plus faibles que prévu donneraient un argument supplémentaire à la Fed pour desserrer son étau et propulseraient vraisemblablement l’once vers sa moyenne mobile.
Une reprise vigoureuse, mais encore loin des sommets
Il convient toutefois de relativiser l’ampleur du rebond. L’or reste très éloigné de son record absolu de 5.586,20 dollars, atteint fin janvier. L’écart se chiffre encore à 21,21 %. La configuration actuelle s’apparente davantage à une solide correction haussière qu’à un retour sur les sommets.
Les tensions géopolitiques s’invitent dans l’équation
La trajectoire du métal précieux ne se résume pas à la seule politique monétaire. Les risques géopolitiques apportent leur écot. L’Iran conditionne la réouverture de la voie maritime stratégique du détroit d’Ormuz à la levée des sanctions américaines et au versement de compensations, tandis qu’une attaque houthie contre une raffinerie saoudienne a ravivé les craintes sur la sécurité énergétique de la région. Parallèlement, Riyad, Ankara et Islamabad ont scellé le Mecca Defence Agreement, une alliance militaire directement motivée par le récent conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Chaque palier d’escalade renforce mécaniquement la demande de couverture au détriment des placements plus risqués.
La Chine ne faiblit pas
Côté asiatique, l’appétit demeure intact. Un important ETF aurifère chinois a enregistré 18 séances consécutives de souscriptions nettes, propulsant son encours au-delà de 100 milliards de yuans. En trois ans, les actifs de ce fonds ont été multipliés par plus de six. Cette frénésie d’achat témoigne d’une demande physique et indirecte qui ne se dément pas, même après les récents gains de cours. Les banques centrales, à l’image de la Chine qui a étoffé ses réserves pour le 21e mois consécutif en juillet, et de l’Inde, continuent par ailleurs d’utiliser les replis pour se positionner. Après des mois de décollecte, les ETF occidentaux sont également repassés dans le vert : le World Gold Council a recensé environ 3 milliards de dollars de flux nets entrants au niveau mondial en juillet, avec un retour marqué des investisseurs européens malgré des taux réels historiquement élevés.
Les maisons d’analystes tempèrent leur enthousiasme
Les professionnels restent mesurés mais constructifs. Goldman Sachs et HSBC ont légèrement réduit leurs objectifs de cours, tout en maintenant des cibles comprises entre 4.500 et 4.900 dollars d’ici la fin de l’année. BCA Research, qui a relevé l’or à « bullsh » le 7 août, estime que le principal vent contraire – la remontée des taux réels – appartient désormais au passé et recommande de bâtir des positions si la conjoncture américaine continue de se refroidir.
Le soutien majeur se situe à présent sur la zone des 4.300 dollars, reconquise vendredi. Un maintien durable au-dessus de ce plancher validerait le scénario haussier à court terme. La publication de mercredi devrait, elle, donner le ton pour la suite du mouvement.
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