Le lingot évolue sur une corde raide. Après avoir touché mercredi un sommet de trois mois au-delà de 4 700 dollars l’once, le métal précieux a cédé du terrain en séance pour clôturer à 4 597,78 dollars, en repli de 1,3 % — l’autre référence de marché fait état de 4 595,18 dollars, soit une baisse de 1,4 %. Ce mouvement de respiration n’efface toutefois pas une dynamique de fond impressionnante : sur trente jours, l’once affiche encore une progression de 14 %.
L’étincelle qui a déclenché cette poussée vient de Washington. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a annoncé un doublement des rachats d’obligations d’État américaines sur le long de la courbe, à hauteur d’au moins 4 milliards de dollars par opération. En compressant les rendements, cette décision redonne de l’attrait à un actif qui, par nature, ne verse aucun coupon.
Une demande qui défie les lois du marché
Le véritable moteur du cycle actuel se situe pourtant ailleurs. Le World Gold Council a enregistré au premier trimestre une demande mondiale totale de 193 milliards de dollars, un niveau jamais vu. Les achats de lingots et de pièces ont bondi de 42 % à 474 tonnes, signe que particuliers et institutionnels redécouvrent le métal comme réserve de valeur.
Les ETF adossés à l’or physique confirment cet engouement. Les flux entrants ont atteint 3 milliards de dollars en juillet, portant les stocks mondiaux à 4 068 tonnes après deux mois plus ternes. La semaine précédente, les entrées avaient même culminé à 6,4 milliards de dollars, soit 46,7 tonnes — la plus forte progression hebdomadaire en dix mois.
Cette frénésie d’achat se heurte à une offre qui ne suit pas. La production minière mondiale n’a crû que de 2 % l’an dernier, et les découvertes de gisements à haute teneur se font de plus en plus rares. Comme le souligne la maison d’analyse Baker Steel, le marché du gold est structurellement inélastique : même des prix nettement plus élevés ne peuvent se traduire rapidement en volumes supplémentaires, tant les délais de développement d’une mine sont longs.
Des banques centrales aux stratégies contrastées
Le secteur officiel demeure un pilier de la demande, mais il n’est plus monolithique. Au deuxième trimestre, les banques centrales ont acquis 288,9 tonnes d’or, soit 62 % de plus qu’un an plus tôt. La Pologne s’impose comme le fer de lance avec 51 tonnes achetées, portant ses réserves à 632 tonnes, suivie de la Chine avec 33 tonnes.
Le tableau comporte toutefois ses ombres. La Russie a vendu 22 tonnes entre avril et juin, devenant le plus grand vendeur net parmi les banques centrales sur la période. Un contraste qui n’inverse pas la tendance : le solde global reste résolument positif et agit comme un plancher sous les cours.
La demande n’est pas uniforme sur tous les segments. La bijouterie, elle, souffre : 278,2 tonnes écoulées au deuxième trimestre, son plus bas niveau depuis la pandémie. Symptôme classique d’un prix élevé qui décourage les consommateurs tout en attirant les investisseurs.
L’équation géopolitique et le rendez-vous de Jackson Hole
Les tensions au Moyen-Orient ajoutent une couche de complexité. Les affrontements entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz ravivent la quête de valeurs refuges et soutiennent les cours du pétrole, alimentant un risque inflationniste qui renforce l’attrait du métal comme protection contre l’érosion monétaire.
Tous les regards se tournent désormais vers le symposium de Jackson Hole, où le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, doit prononcer son premier discours de politique monétaire. Avec une inflation sous-jacente mesurée à 3,3 % sur l’indice PCE, les investisseurs guetteront le moindre indice sur la trajectoire des taux. Un ton accommodant offrirait un nouveau carburant à la hausse ; une posture plus restrictive pourrait en revanche calmer les ardeurs du marché.
À plus long terme, le métal jaune conserve des arguments solides. Le cours actuel évolue environ 18 % sous son plus haut de 52 semaines, atteint fin janvier. Le lancement par le World Gold Council du « Gold Dealer Assurance Standard », un référentiel mondial visant à renforcer la transparence du commerce de détail, témoigne de la maturation du secteur.
Reste que les signaux techniques invitent à la prudence. Une figure en doji apparue au plus haut et un volume d’échanges en diminution suggèrent qu’une consolidation à court terme n’est pas à exclure. Les marges des producteurs miniers, elles, n’ont jamais été aussi confortables : la flambée des cours a progressé bien plus vite que leurs coûts opérationnels, selon le rapport trimestriel du World Gold Council. De quoi entretenir la machine extractive, même si le marché reprend son souffle.
Publicité
Gold: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Gold et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Gold entièrement gratuite : En savoir plus ici !

