Le constructeur chinois BYD traverse une semaine à double visage. D’un côté, la marque a dévoilé un impressionnant arsenal de nouveautés sur le salon de Chengdu, avec en tête de gondole la limousine Great Han. De l’autre, le titre subit les remous d’un secteur fragilisé par les résultats décevants d’un concurrent et par un durcissement réglementaire inattendu. Le tout alors que le conseil d’administration doit valider vendredi les comptes semestriels.
La Great Han et ses ambitions premium
La nouvelle limousine électrique Great Han, également connue sous le nom de Da Han, est officiellement arrivée dans les concessions chinoises. Les précommandes avaient été ouvertes pendant le salon de Chengdu, et les premières unités ont commencé à être livrées aux clients dès dimanche. Le modèle s’affiche à partir de 249 900 yuans, avec un sommet de gamme à 299 900 yuans selon les finitions.
BYD mise sur des arguments techniques solides pour s’imposer dans le segment premium : une autonomie CLTC pouvant atteindre 1 008 kilomètres et une fonction de recharge rapide capable de récupérer de l’énergie en cinq minutes seulement. De quoi défier directement les acteurs établis du haut de gamme.
La troisième génération du SUV Tang a également fait ses premiers pas sur la scène de Chengdu. Elle embarque la deuxième génération de la batterie Blade, avec la même technologie de charge éclair, pour une autonomie CLTC annoncée jusqu’à 850 kilomètres. Sa commercialisation est programmée pour le quatrième trimestre 2026.
Une cascade de lancements tous azimuts
La sous-marque Fang Cheng Bao n’est pas en reste : elle a ouvert les précommandes de ses berlines Formula S et Formula S GT, positionnées entre 230 000 et 280 000 yuans. Le SUV Sealion 08, décliné en hybride rechargeable DM-i comme en 100 % électrique, entre également en phase de réservation dès 230 000 yuans. Son lancement officiel est confirmé pour le 2 septembre, avec le statut de vaisseau amiral de la gamme Ocean.
Même la citadine Seagull bénéficie d’une attention particulière : une version restylée, dotée d’un moteur de 95 kW, est actuellement en cours d’homologation en Chine, avec une commercialisation locale prévue avant toute exportation.
Cette déferlante de nouveautés intervient dans un contexte délicat. Les ventes intérieures fléchissent, et BYD compte de plus en plus sur les marchés étrangers pour compenser. En juillet, les livraisons ont atteint 419 211 unités, le meilleur mois de l’année 2026, portées par des exportations en forte hausse. Les ventes à l’étranger de voitures particulières et de pick-ups ont bondi de 124,3 % sur un an, à 179 841 unités. Un record.
Mais le rythme global reste insuffisant pour espérer atteindre l’objectif annuel de 5 à 5,5 millions de véhicules. Sur le premier semestre, les volumes ont même reculé de 15,72 %, à 1,81 million d’unités, pénalisés par la faiblesse du marché chinois.
Le MIIT resserre la vis
Le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) a profité de cette même journée de mercredi pour annoncer deux mesures qui concernent l’ensemble de la filière. D’une part, de nouvelles règles administratives encadreront les batteries de véhicules électriques en fin de vie, avec un système d’identité numérique permettant de tracer chaque batterie de la production jusqu’au recyclage. D’autre part, les contrôles préalables à la mise sur le marché des nouveaux modèles seront renforcés, afin d’éviter que des véhicules lancés dans la précipitation n’éludent les tests de fiabilité obligatoires.
Pour BYD, premier constructeur du pays, ces exigences supplémentaires représentent une contrainte opérationnelle non négligeable. À terme, cependant, elles pourraient avantager les acteurs établis disposant de processus industriels robustes.
Le secteur subit par ailleurs la pression des résultats de XPeng, dont la perte nette du deuxième trimestre s’est révélée plus lourde que prévu, accompagnée de prévisions prudentes pour le troisième trimestre. Un vent mauvais qui a emporté l’ensemble des valeurs du secteur à la Bourse de Hong Kong.
Un titre à la recherche d’un second souffle
L’action BYD a clôturé mercredi à 10,15 euros, en repli de 1,0 % selon les données du marché allemand. Elle est passée sous sa moyenne mobile à 100 jours (10,16 euros), tout en restant au-dessus de celle à 50 jours (9,61 euros). L’écart avec la moyenne à 200 jours atteint 3,7 % en territoire négatif. Sur la semaine, le titre affiche néanmoins une progression de 2,2 %, mais il accuse toujours un recul de 5,2 % depuis le début de l’année et se trouve environ 22 % sous son plus haut sur 52 semaines, atteint fin août.
Les investisseurs surveilleront de près la réunion du conseil d’administration prévue vendredi 28 août, chargée d’approuver les résultats semestriels arrêtés au 30 juin. Les signaux sont contrastés, mais un élément positif vient de Bruxelles : la Commission européenne a ramené le droit compensateur spécifique applicable à BYD de 17,4 % à 17,0 %, un allègement qui facilite quelque peu l’accès au marché européen et conforte la stratégie d’expansion internationale du groupe.
Côté innovations, la marque de luxe Yangwang a fait savoir que sa berline électrique U7 avait bouclé un test d’endurance de 30 000 kilomètres en moins de neuf jours. Au terme de 350 cycles de recharge rapide, la capacité de la batterie est restée à 98,7 %. Un argument de poids pour la filiale haut de gamme.
Enfin, le groupe a signé avec la capitale mongole Oulan-Bator une lettre d’intention portant sur le développement de la mobilité électrique, des infrastructures de recharge rapide et des systèmes de stockage par batteries. BYD élargit ainsi son empreinte sur de nouveaux territoires, tandis que sa flotte de véhicules équipés de systèmes d’assistance à la conduite a dépassé les 3,52 millions d’unités. En juillet, 187 670 véhicules dotés de ces technologies ont été écoulés, et les données de conduite collectées dépassent désormais 220 millions de kilomètres par jour.
L’effet commercial de la déferlante de Chengdu ne se matérialisera toutefois que dans les prochains mois, lorsque les nouveaux modèles arriveront réellement sur le marché. Leur contribution aux ventes et aux marges ne sera visible qu’à partir des prochains rapports trimestriels. D’ici là, les regards restent braqués sur les chiffres d’exportation, principal moteur de croissance du groupe.
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