Le métal jaune a connu une semaine à deux visages. Après avoir touché un plus bas de six mois à 4 046 dollars l’once, l’or a violemment rebondi vendredi pour remonter aux alentours de 4 239 dollars, soit un gain de 4,8 % depuis le point bas. Le RSI avait plongé entre 24 et 25, une zone de survente classique qui a déclenché des rachats forcés par les positions baissières surprises par la rapidité du retournement. Sur l’ensemble de la semaine, le bilan reste toutefois négatif de 2,6 %.
Cette embellie technique ne doit pas masquer les vents contraires qui soufflent sur l’once. La semaine a été marquée par deux signaux de resserrement monétaire. La BCE a relevé son taux de dépôt de 2,00 % à 2,25 % le 11 juin, une première depuis septembre 2023, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des incertitudes géopolitiques. Parallèlement, l’inflation américaine a atteint 4,2 % en mai, son plus haut depuis avril 2023, tirée par un bond de 23,5 % des tarifs énergétiques lié au conflit iranien. La core inflation, elle, est restée stable à 2,9 %.
D’ordinaire, une inflation élevée profite à l’or, considéré comme une réserve de valeur. Mais le mécanisme joue cette fois en sens inverse : les marchés anticipent une riposte de la Fed. La probabilité d’un tour de vis supplémentaire d’ici décembre 2026 est montée à 70 %, et Goldman Sachs a purement et simplement retiré toute baisse de taux de ses prévisions pour 2026. Des taux réels plus hauts et un dollar plus fort pèsent mécaniquement sur le métal jaune, qui ne verse aucun coupon.
Le marché du travail américain a renforcé ces attentes. Les 172 000 créations d’emplois enregistrées en mai — plus du double des prévisions — ont propulsé les rendements des emprunts d’État américains à dix ans entre 4,53 % et 4,56 %. Pour l’or, la concurrence des actifs rémunérateurs se fait plus rude.
Pourtant, la demande physique continue de tracer sa route. Le World Gold Council a rapporté une progression de 74 % de la demande mondiale au premier trimestre 2026, à 193 milliards de dollars. Les achats de lingots et de pièces ont atteint 474 tonnes, soit le deuxième plus fort trimestre jamais enregistré. Les banques centrales ont ajouté 244 tonnes à leurs réserves. La Chine a ainsi renforcé ses avoirs pour le dix‑huitième mois consécutif, portant ses réserves officielles à 2 322 tonnes. La Pologne, de son côté, a déjà acquis plus de 45 tonnes depuis le début de l’année : ses réserves frisent désormais 595 tonnes, soit près de 30 % des réserves nationales de change. Ces achats structurels agissent comme un plancher pour le cours.
Le tableau technique reste toutefois fragile. L’once a clôturé sous sa moyenne mobile à 200 jours pour la première fois depuis octobre 2023, un signal baissier classique. Le 50 jours se situe à 4 600 dollars, soit près de 8 % au‑dessus du cours actuel. Le RSI est remonté à 36, une zone toujours survendue mais moins extrême qu’en début de semaine.
L’événement clé de la semaine prochaine sera la réunion du FOMC les 16 et 17 juin, la première sous la présidence de Kevin Warsh. Le marché ne table quasiment pas sur une modification des taux (probabilité de statu quo à 97 %), mais le dot plot sera déterminant. S’il repousse toute baisse en 2027, l’or pourrait replonger. S’il laisse une fenêtre pour septembre, une vive contre‑réaction est possible.
Les grandes banques d’affaires n’ont pas modifié leurs objectifs annuels en dépit du repli. Goldman Sachs vise 5 400 dollars, JPMorgan environ 6 000, Morgan Stanley 5 200 et UBS 5 500. Soit un potentiel de hausse de 25 % à 44 % par rapport au cours actuel.
La conférence de presse de Warsh, le 17 juin, donnera le prochain cap. En attendant, l’or oscille entre une demande physique solide et un contexte de taux qui reste son principal adversaire.
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