Le métal jaune traverse une phase complexe : côté prix, la chute de près de 25 % depuis le sommet de janvier (5 626,80 dollars) le ramène à 4 239,70 dollars l’once, tandis que les indicateurs fondamentaux affichent une santé insolente. Le RSI à 36,1 confirme une zone théoriquement survendue, mais le rebond tarde à se matérialiser. La réunion du FOMC des 16 et 17 juin, première présidée par Kevin Warsh, constitue l’épreuve décisive de la semaine.
Des flux financiers en berne
Les capitaux fuient les ETF aurifères. Sur les sept derniers jours, les produits physiquement adossés ont perdu 2,3 milliards de dollars, portant le total des sorties sur quatre semaines à 7,5 milliards – la plus forte hémorragie depuis mars 2026. Le déclencheur ? L’inflation américaine à 4,2 % en mai, dopée par les coûts énergétiques liés au conflit iranien, alors que la Fed maintient un biais restrictif. Les investisseurs financiers délaissent l’or dès que les taux réels montent : le métal non rémunéré souffre face aux obligations d’État.
À cela s’ajoute une détérioration graphique. L’once évolue sous sa moyenne mobile à 200 jours (4 380-4 400 dollars), un signal qui a provoqué des ventes automatiques. Le seuil des 4 500 dollars est désormais la clé d’un éventuel retournement haussier.
Une demande physique en ébullition
Pourtant, jamais le marché physique n’a été aussi dynamique. Au premier trimestre 2026, la demande mondiale a atteint 1 231 tonnes – un record en valeur, soit environ 193 milliards de dollars. L’offre totale n’a progressé que de 2 % sur un an, creusant un déséquilibre. Les coûts de production (AISC) ont bondi de 12 % en 2025, à 1 552 dollars l’once, limitant l’incitation à accroître la production minière, attendue à 3 907 tonnes pour l’ensemble de 2026.
La structure de la consommation mute profondément. Pour la première fois, l’investissement physique (lingots et pièces) pourrait dépasser la bijouterie comme premier débouché en 2026. La fabrication de bijoux a chuté de 19 % l’an dernier, à son plus bas niveau en cinq ans, et devrait encore reculer de 11 % cette année. Les prix élevés poussent les clients vers des pièces plus légères et des carats inférieurs. Parallèlement, le secteur technologique, tiré par l’intelligence artificielle, a vu sa demande d’or croître de 1 %.
Les banques centrales élargissent leur base d’acheteurs
Avec 244 tonnes nettes achetées au premier trimestre 2026, les banques centrales continuent d’agir comme un amortisseur structurel. La Pologne reste en tête : 31 tonnes sur le trimestre, pour un stock de 582 tonnes et un objectif de 700 tonnes. La Chine a augmenté ses réserves pour le 19e mois consécutif, de 9,95 tonnes, à 2 332 tonnes. Mais la nouveauté réside dans la diversification des acquéreurs : Guatemala, Indonésie et Malaisie ont fait leur entrée ou leur retour sur le marché, signe que la demande institutionnelle se diffuse.
Le World Gold Council table sur des achats nets de 700 à 900 tonnes sur l’ensemble de l’exercice. Cette base solide a permis de contenir partiellement la pression vendeuse des ETF, sans toutefois l’annuler.
L’issue suspendue au verdict de la Fed
Les marchés anticipent à 97 % un statu quo monétaire mercredi. Mais le vrai risque vient du « dot plot » : Kevin Warsh a annoncé une approche plus dépendante des données, moins de projections à long terme. Si le nouveau diagramme des points suggère un resserrement en deuxième partie d’année – probabilité jugée à 70 % d’au moins une hausse des taux d’ici décembre – l’or subira une pression supplémentaire.
L’aspect géopolitique reste suspendu aux négociations entre les États-Unis et l’Iran. Les rumeurs d’un accord de cessez-le-feu et de discussions sur le programme nucléaire ont temporairement fait chuter l’once à son plus bas niveau depuis deux mois, avant une légère reprise. J.P. Morgan envisage un objectif de 6 000 dollars d’ici fin 2026, mais conditionne cette perspective à une détente géopolitique et à une Fed plus accommodante.
En attendant le verdict de la Fed, le marché retient son souffle. Les investisseurs financiers vendent, les banques centrales achètent, et le métal jaune attend un catalyseur capable de trancher entre ces deux forces contraires.
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