Le métal jaune a signé mercredi l’une de ses plus belles séances du mois. Le prix de l’once a grimpé de 3,6 à 3,7 % selon les places, pour clôturer aux alentours de 4.545 à 4.551 dollars. En cause : une décision du département du Trésor américain, qui a choisi de muscler considérablement son programme de rachats d’emprunts d’État.
Un levier monétaire qui change la donne
L’administration américaine a annoncé qu’elle porterait à 4 milliards de dollars par trimestre le plafond de ses rachats d’obligations souveraines, soit le double du cadre précédent. Le dispositif, qui concerne les titres à échéances de 10 à 20 ans et de 20 à 30 ans, entrera en vigueur le 9 septembre et courra jusqu’au 4 novembre, à la clôture du trimestre de refinancement en cours. Auparavant, la limite était fixée à 2 milliards de dollars.
L’effet sur les taux longs ne s’est pas fait attendre. Le rendement de l’emprunt à 30 ans est retombé de plus de 5,3 % à environ 5,19 %, après avoir touché un sommet de dix-neuf ans. Or, pour un actif qui ne verse aucun coupon, la baisse des rendements obligataires réduit mécaniquement le coût d’opportunité de la détention d’or. La mécanique a joué à plein : le lingot a immédiatement réagi, effaçant en une séance la pression qui s’était accumulée ces derniers jours.
Le billet vert a lui aussi apporté sa pierre à l’édifice. L’indice du dollar a cédé environ 0,6 %, tombant à son plus bas niveau depuis deux mois et demi. Un dollar faible rend l’once moins onéreuse pour les acheteurs hors zone dollar, ce qui soutient la demande mondiale. Les analystes de TD Securities voient dans l’injection de liquidités orchestrée par le Trésor un vent porteur supplémentaire pour les métaux précieux, d’autant que les craintes de stagflation — croissance atone couplée à des pressions prix persistantes — incitent les investisseurs à renforcer leurs positions défensives.
Un contexte géopolitique toujours tendu
Le front géopolitique continue par ailleurs d’alimenter la nervosité sur les marchés de matières premières. Les tensions entre Washington et Téhéran restent vives, sans perspective d’accord sur la réouverture du détroit d’Ormuz. Le président Trump a évoqué l’absence de discussions en cours avec l’Iran, tandis que les forces iraniennes intensifient leurs attaques contre des navires. Si la hausse des cours pétroliers qui en découle pèse plutôt sur l’or, l’appétit pour les valeurs refuges prend nettement le dessus.
Des fondamentaux solides
Au-delà du choc du jour, la tendance de fond demeure résolument haussière. Le métal jaune affiche une progression de 11 à 13 % sur trente jours selon les mesures, et de 36 % sur douze mois. Il lui reste toutefois environ 19 % à combler pour retrouver son sommet de 52 semaines, établi à 5.586,20 dollars. L’indice de force relative, à 66,5, suggère une certaine surchauffe sans pour autant signaler une zone de surachat franche — un constat partagé par les observateurs qui notent que la reconquête de moyennes mobiles clés comme l’EMA50 est de bon augure.
Les banques centrales continuent d’offrir un socle de demande structurel. Le World Gold Council a fait état de 288,9 tonnes d’achats nets au deuxième trimestre 2026, en hausse de 62 % sur un an — un record pour un deuxième trimestre dans les annales de l’organisation. La Pologne mène la danse avec 51 tonnes acquises et un objectif affiché de 700 tonnes, tandis que la Chine a accru ses réserves pour le vingt-et-unième mois consécutif. L’Ouzbékistan, le Kazakhstan, la Jordanie et la République tchèque ont également été à l’achat.
Les investisseurs occidentaux reviennent eux aussi vers les produits cotés. Le SPDR Gold Trust a enregistré le 7 août des entrées nettes d’environ 637 millions de dollars, inversant la tendance aux sorties observée au deuxième trimestre.
Le rendez-vous de la Fed
Tous les regards se tournent désormais vers la Réserve fédérale. Le compte-rendu de la dernière réunion du comité de politique monétaire, publié mercredi soir, est attendu avec attention par les opérateurs, qui espèrent y déceler des indices sur la trajectoire des taux. Selon l’outil FedWatch du CME, la probabilité d’un statu quo sur les taux atteint 65 %, les récentes statistiques américaines décevantes ayant tempéré les anticipations de resserrement.
La réunion du FOMC des 15 et 16 septembre constitue l’échéance majeure pour l’or à court terme. D’ici là, le marché devra digérer le compte-rendu de juillet et le discours du président de la Fed, Warsh, au symposium de Jackson Hole — deux rendez-vous qui devraient éclairer l’impact réel de la dégradation conjoncturelle sur la politique monétaire.
L’élan a d’ailleurs gagné l’ensemble du complexe des métaux précieux : l’argent a avancé de 2,7 % à 65,01 dollars l’once et le platine de 3,2 % à 1.766,55 dollars.
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