La biotech française joue une partition à double tempo. D’un côté, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a validé le 14 août le dossier d’homologation de PF-07307405, le vaccin candidat contre la borréliose de Lyme développé avec Pfizer. De l’autre, les comptes semestriels publiés la veille dessinent un tableau nettement moins flatteur, avec un déficit qui s’est creusé de manière spectaculaire.
Le marché a tranché : entre le 14 et le 17 août, l’action a bondi d’environ 20 %, sa meilleure performance quotidienne depuis août 2025. Sur trente jours, la progression atteint 37 %. Une euphorie que les indicateurs techniques commencent toutefois à tempérer — le RSI s’établit à 73,4, signe d’une zone de surachat, et le titre reste encore 45 % sous son plus haut de 52 semaines touché en octobre dernier à 5,34 euros.
Des semestrielles qui refroidissent
Les chiffres publiés le 13 août ont pourtant de quoi doucher les ardeurs. Le chiffre d’affaires total a reculé à 65,8 millions d’euros, contre 97,6 millions un an plus tôt. La perte nette, elle, a plus que triplé pour atteindre 63,3 millions d’euros, contre 20,8 millions au premier semestre 2025. Les ventes de produits ont chuté de 29,7 % à 64 millions d’euros, pénalisées par la réduction programmée des ventes de tiers, des dépréciations de stocks et les coûts liés à la résiliation d’un contrat IXCHIQ.
Le management maintient néanmoins ses objectifs annuels : entre 135 et 150 millions d’euros de ventes de produits et 145 à 160 millions d’euros de revenus totaux. La trésorerie s’élevait à 121,5 millions d’euros au 30 juin, renforcée par une augmentation de capital de 34,3 millions d’euros réalisée dans le cadre d’une offre globale de 84 millions.
Le retrait américain d’IXCHIQ, un tournant assumé
La stratégie américaine du groupe a connu un coup d’arrêt majeur. Après la suspension de la licence d’IXCHIQ par la FDA fin 2025 en raison de signalements d’effets indésirables graves, Valneva a officiellement retiré ses demandes d’autorisation aux États-Unis pour ce vaccin contre le chikungunya. Le groupe redéploie désormais sa commercialisation vers les régions où la maladie est endémique — un marché plus restreint mais plus prévisible.
Cette réorientation a un coût, et le programme de restructuration lancé en mai, avec une réduction des effectifs de 10 à 15 %, vise précisément à en atténuer l’impact sur les flux de trésorerie dès le second semestre.
Les analystes entre prudence et conviction
Les avis divergent sur la trajectoire du titre. TD Cowen a initié la couverture le 11 août avec une recommandation d’achat et un objectif de cours de 12 dollars, saluant un portefeuille vaccinal diversifié et un candidat Lyme jugé « dérisqué ». Le lendemain, la même banque a relevé sa recommandation à « Strong Buy », estimant que le cœur d’activité offre une protection à la baisse. Les analystes projettent un pic de ventes mondiales d’environ 3,1 milliards d’euros à l’horizon 2035, dont quelque 590 millions de revenus de licence pour Valneva.
First Berlin Equity Research se montre plus mesuré. Le 19 août, la maison a confirmé sa recommandation d’achat mais abaissé son objectif de cours de 4,50 à 4,40 euros, pointant une baisse de 21 % des ventes trimestrielles sur un an et des prévisions d’endettement net en hausse.
Côté institutionnels, JPMorgan Chase et Marex Group ont déclaré de nouvelles positions le 12 août, portant la participation institutionnelle totale à 11,39 %.
Un calendrier chargé pour le second semestre
Les prochaines échéances s’annoncent déterminantes. Les résultats de phase 2 pour S4V2, le candidat vaccin quadrivalent contre la shigellose, ainsi que ceux d’une étude d’infection contrôlée sont attendus au troisième trimestre 2026. Pfizer, de son côté, table sur des décisions de l’EMA et de la FDA concernant le vaccin anti-Lyme dans les douze prochains mois.
La validation du dossier par l’EMA ne constitue toutefois qu’une étape formelle — la décision finale d’homologation reste incertaine et pourrait prendre plusieurs mois. Le titre, qui évolue à environ 2,96 euros, se situe 26 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours (2,31 euros) mais environ 10 % en dessous de sa moyenne à 200 jours (3,24 euros), illustrant l’écart entre l’élan spéculatif récent et la tendance de fond. Avec une volatilité annualisée de 89 %, les retournements de tendance ne sont jamais très loin.
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