Le métal jaune a signé jeudi un rebond spectaculaire, gagnant près de 2 % pour s’établir à 4 172,50 dollars l’once. Après avoir touché un plus bas de six mois à 4 024 dollars en séance, l’or a profité d’une annonce inattendue de Donald Trump : les frappes lourdes envisagées contre l’Iran sont suspendues, les négociations étant proches d’une avancée décisive. L’Arabie saoudite, Israël et les Émirats arabes unis sont associés aux discussions, ce qui a provoqué une détente immédiate sur les marchés. La prime de risque géopolitique, qui soutenait le cours depuis des semaines, s’est ainsi évaporée en partie.
Pourtant, à sept jours, l’once affiche encore une baisse de plus de 7 % et reste à près de 26 % de son record historique de janvier. Le RSI, à 30,9, confirme un marché technique « survendu » – un signal qui avait déjà annoncé une correction ces derniers jours. La zone des 4 150 dollars semble désormais servir de nouveau support, selon les analystes.
Le poids des chiffres américains
Si la géopolitique a offert un répit temporaire, le vrai frein reste macroéconomique. En mai, l’économie américaine a créé 172 000 emplois, soit le double des 85 000 anticipés par les économistes. Parallèlement, l’inflation américaine a grimpé à 4,2 %, tirée par le renchérissement du secteur de l’énergie. Ces données robustes renforcent le dollar et entretiennent les craintes d’un resserrement monétaire plus long que prévu.
Les marchés financiers intègrent désormais une probabilité de 70 % d’une hausse des taux de la Fed d’ici décembre. Or, l’or ne verse aucun intérêt : la perspective de rendements plus élevés sur les obligations d’État augmente le coût d’opportunité pour les détenteurs de métal physique. Résultat, les investisseurs occidentaux se détournent massivement des ETF aurifères, accentuant la pression vendeuse.
L’appétit des banques centrales ne faiblit pas
Mais ce tableau sombre pour les spéculateurs contraste avec l’activité des banques centrales. Celles-ci multiplient les achats, profitant des prix bas pour diversifier leurs réserves, loin du dollar. La Chine a ainsi étendu sa série d’achats au 19ᵉ mois consécutif en mai, portant ses réserves officielles à 2 331,5 tonnes. Pékin a acquis près de dix tonnes supplémentaires le mois dernier.
La Pologne reste le plus actif des acheteurs : sa banque centrale a engrangé 14 tonnes en avril seulement, portant le total depuis le début de l’année à plus de 45 tonnes. Varsovie vise à long terme 700 tonnes, un objectif empreint d’une forte symbolique politique face aux tensions en Europe de l’Est. Derrière, l’Ouzbékistan (16,5 tonnes) et le Kazakhstan (6,5 tonnes) suivent le mouvement, tandis que la République tchèque en est à son 38ᵉ mois d’achat ininterrompu.
Ces nations répliquent une stratégie rodée depuis 2022, lorsque les avoirs russes avaient été gelés par les Occidentaux. L’or, entreposé sur le territoire national, échappe à toute juridiction étrangère. Résultat, la demande physique a bondi de 74 % au premier trimestre 2026 pour atteindre 193 milliards de dollars, portée notamment par les lingots et les pièces.
Un rendez-vous décisif à Washington
Tous les regards se tournent désormais vers le 16 et le 17 juin, quand Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, dirigera sa première réunion du FOMC. Le marché guette les projections économiques mises à jour et le « dot plot » révisé. Les grandes banques d’investissement se positionnent déjà : Goldman Sachs a retiré toute baisse des taux de son scénario pour 2026, tablant sur un statu quo au moins jusqu’à la mi-2027. Tant que ce contexte restrictif demeure, l’or devra lutter contre un vent macroéconomique contraire.
Vendredi, deux autres rendez-vous pourraient infléchir la tendance : les prix à la production américains et la décision de la BCE sur son taux directeur. De quoi ajouter une couche d’incertitude à un marché qui, entre achats souverains records et décollecte des ETF, n’a jamais été aussi paradoxal.
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