Après un bref sursaut lundi, porté par des espoirs de désescalade entre Washington et Téhéran, l’or est retombé mardi. Le métal jaune a perdu 0,6 %, s’établissant à 4.544 dollars l’once. Il évolue désormais sous sa moyenne mobile à 50 jours (4.660 dollars) et n’affiche plus qu’une progression de 4 % depuis le début de l’année. Ce mouvement de yo-yo traduit la difficulté du marché à trancher entre des forces opposées.
L’espoir d’un accord iranien avait pourtant ravivé l’appétit pour le risque. Donald Trump a évoqué un cadre « largement négocié », incluant une trêve de soixante jours et la réouverture du détroit d’Ormuz. Mais le secrétaire d’État Rubio a rapidement tempéré : le blocus des ports iraniens se poursuivra jusqu’à la signature définitive, et les États-Unis trouveront « un autre chemin » en cas d’échec. De son côté, l’agence iranienne Fars a démenti toute avancée sur le nucléaire. Résultat : le pétrole brut Brent a bondi de 2 %, réveillant les craintes inflationnistes et assombrissant l’horizon de l’or.
La politique monétaire américaine ajoute à la pression. Kevin Warsh, considéré comme un faucon, a officiellement pris ses fonctions de président de la Fed vendredi. Les minutes du FOMC d’avril révèlent qu’une majorité de membres jugent des hausses de taux « probablement appropriées » si l’inflation persiste au-dessus de 2 %. Les marchés intègrent désormais 54 % de probabilité d’un relèvement d’ici décembre. L’or, actif sans rendement, souffre mécaniquement de ces anticipations, tandis que le dollar reste stable.
Pourtant, la demande structurelle des banques centrales continue de fournir un socle solide. Selon le World Gold Council, les achats nets ont atteint 244 tonnes au premier trimestre 2026, en hausse de 17 % par rapport au trimestre précédent. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine mènent la danse, mais la base s’élargit : le Guatemala, l’Indonésie et la Malaisie ont également renforcé leurs réserves. La Banque populaire de Chine accumule sans discontinuer depuis dix-sept mois. Pour l’ensemble de l’année, le WGC table sur des achats compris entre 700 et 900 tonnes.
Ce soutien structurel contraste avec la prudence des investisseurs ETF. Les avoirs du SPDR Gold Trust sont tombés à 1.034,85 tonnes, leur plus bas niveau depuis le 8 mai — un signal de prise de bénéfices à court terme, sans pour autant constituer un désengagement massif. Dans le même temps, l’argent a surperformé l’or, faisant chuter le ratio or/argent à 58,9, un seuil historiquement porteur pour le métal gris. Le platine et le palladium ont également cédé du terrain, de 0,5 à 0,8 %.
Sur le plan technique, la tendance de court terme reste négative : l’or évolue sous ses moyennes mobiles à 50 et 100 jours. La moyenne à 200 jours tient toutefois bon comme support, préservant la tendance haussière de long terme. Les prochains catalyseurs seront le rapport PCE d’avril jeudi, ainsi que les chiffres du PIB américain pour le premier trimestre et les inscriptions hebdomadaires au chômage. Ces données détermineront si Warsh pourra imposer son discours restrictif ou si la Fed devra composer avec une inflation moins persistante.
Le marché de l’or reste suspendu à une triple inconnue : l’évolution du dossier iranien, la trajectoire des taux américains et la capacité des banques centrales à maintenir leur appétit. Pour l’heure, les achats institutionnels empêchent une glissade, mais ne suffisent pas à relancer la dynamique.
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