Le métal jaune affiche une sérénité déconcertante. Alors que le pétrole s’effondre de plus de 7 % dans le sillage de la suspension d’une frappe militaire américaine contre l’Iran et de l’ouverture de négociations sur la réouverture du détroit d’Ormuz, l’once d’or s’accroche à ses gains. Elle a clôturé mardi à 4 143,60 dollars, en hausse de 0,80 %, après avoir terminé la veille à 4 110,90 dollars. Une stabilité qui défie la logique habituelle des flux de refuge.
D’ordinaire, un apaisement géopolitique pèse sur le cours du métal jaune. Cette fois, le marché semble obéir à d’autres ressorts. La chute du brut alimente en effet le scénario d’une décélération de l’inflation, ce qui offrirait à la Réserve fédérale une marge de manœuvre accrue pour assouplir sa politique monétaire. Or, des taux plus bas renforcent l’attrait d’un actif qui ne verse aucun coupon. Un mécanisme qui compense largement l’érosion de la prime de risque politique.
L’appétit insatiable des autorités monétaires
Derrière cette fermeté, un moteur structurel continue de tourner à plein régime : les achats des banques centrales. Selon le World Gold Council, les instituts d’émission ont acquis 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, un record pour cette période de l’année et une progression de 62 % par rapport à l’exercice précédent. Ces achats officiels compensent la faiblesse de la demande joaillière et les sorties constatées sur les ETF occidentaux.
Le mois de juin a été particulièrement actif, avec 51 tonnes collectées. La Pologne s’est distinguée en tête du classement avec 19 tonnes, devant la Chine (15 tonnes) et l’Ouzbékistan (9 tonnes). La Russie et la Turquie ont, à l’inverse, allégé leurs réserves. Pékin détient désormais 2 331,52 tonnes, après dix-neuf mois consécutifs d’accumulation.
La nouvelle la plus remarquable provient toutefois de Séoul. La Banque de Corée a annoncé lundi son retour sur le marché de l’or physique, une première depuis 2013. L’institution va d’abord se positionner sur des ETF adossés à l’or à l’étranger, tout en préparant un dispositif d’achat de métal extrait localement, via la Korea Exchange et la Korea Securities Depository, auprès des producteurs LS MnM et Korea Zinc. Le programme prévoit quatre à cinq tonnes par an issues de la production domestique. Jeong Hee-sup, responsable de l’institution, évoque une montée « graduelle » des acquisitions sur le moyen et le long terme. Officiellement, il s’agit de se prémunir contre les risques géopolitiques et de réduire la dépendance au dollar. La banque centrale coréenne ne détient que 104,4 tonnes d’or, soit à peine 1,1 % de ses réserves de change de 427,36 milliards de dollars — une proportion très inférieure à celle de nombreux homologues. Entre 2011 et 2013, elle avait déjà constitué environ 90 tonnes près d’un sommet historique ; ces avoirs ont depuis considérablement pris de la valeur.
Le pari de Paulson sur les mines
Côté investisseurs, John Paulson esquisse un changement de cap stratégique. Le gestionnaire de hedge funds voit dans l’or le début d’un marché haussier de long terme, mais préfère miser sur les sociétés minières, en particulier les explorateurs, plutôt que sur le métal physique. Il a acquis, via une transaction en actions, 40 % du projet aurifère Donlin en Alaska et prendra la coprésidence de NovaGold. Les actionnaires historiques de NovaGold conserveront 65 % du capital, Paulson en détenant 35 %. Le gisement de Donlin recèle environ 40 millions d’onces de ressources ; NovaGold est valorisée autour de 4,2 milliards de dollars.
Le marché retient son souffle avant l’emploi américain
À court terme, tous les regards se tournent vers les statistiques du marché du travail américain. Le rapport JOLTS sur les offres d’emploi, publié mercredi après-midi, servira d’indicateur avancé avant le rapport officiel de vendredi. Des chiffres décevants renforceraient les attentes d’un assouplissement monétaire en septembre. Les marchés à terme intègrent actuellement une probabilité d’environ 59 % de baisse des taux lors de la réunion de la Fed, contre 67 % la veille.
La donne politique ajoute une couche d’incertitude. La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale est perçue comme un gage d’indépendance de la politique monétaire, ce qui a partiellement retiré la prime de risque politique intégrée dans le cours de l’or. Résultat : le métal jaune évolue dans une fourchette de 4 000 à 4 110 dollars.
Le tableau technique reste néanmoins fragile. L’once se situe encore 26,36 % sous son plus haut sur 52 semaines de 5 626,80 dollars, atteint fin janvier. Elle demeure également 8,77 % sous sa moyenne mobile à 200 jours, établie à 4 541,84 dollars — un signe que la tendance haussière de moyen terme n’est pas encore restaurée. La zone des 4 060 dollars sert d’ancrage immédiat ; un franchissement durable sous les 4 000 dollars ouvrirait la voie à un repli vers 3 850 dollars. Les grandes banques, à l’image d’UBS, maintiennent pour l’heure un objectif de 4 400 dollars à moyen terme.
Les scénarios pour les prochains mois divergent sensiblement. Le World Gold Council table sur un cours autour de 4 100 dollars au second semestre, avec une possible poussée vers 4 500 à 5 000 dollars en cas de regain des tensions géopolitiques. Le rapport « In Gold We Trust » envisage, lui, jusqu’à 8 900 dollars d’ici la fin de la décennie. Chez OANDA, l’analyste Kelvin Wong estime qu’une détente au Moyen-Orient laisserait encore de la place à la hausse.
Publicité
Gold: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Gold et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Gold entièrement gratuite : En savoir plus ici !

