Derrière la stabilité apparente de l’once à 4 569,90 dollars se joue une recomposition en profondeur. Goldman Sachs a révisé à la hausse ses prévisions de demande institutionnelle : les banques centrales devraient désormais acquérir en moyenne 60 tonnes d’or par mois d’ici fin 2026, contre 50 tonnes estimées précédemment. La Pologne, l’Inde et la Turquie mènent la danse, dans une logique de diversification de leurs réserves hors dollar. Ce flux structurel contraste avec un marché où l’once cède encore 16 % par rapport à son record absolu de 5 450 dollars.
Depuis le début de l’année, le métal jaune affiche tout de même une progression de 5,25 %. L’indice de force relative (RSI) se situe à 49,8, signalant une absence de tendance marquée. Le seuil psychologique des 4 500 dollars fait office de support clé : s’il tient, la voie vers de nouveaux sommets reste ouverte. Mais la dynamique récente s’essouffle, et tout se joue désormais sur le calendrier macroéconomique américain.
Cette semaine, trois blocs de données vont dicter le tempo. Lundi, l’ISM manufacturier – en particulier sa composante prix – donnera la première indication sur les tensions inflationnistes. Mercredi, l’ISM des services prendra le relais. Vendredi enfin, le rapport sur l’emploi de mai (publié à 14 h 30 heure de Paris) concentrera toutes les attentions. Un marché du travail robuste maintiendrait la pression sur la Fed, qui laisse le loyer de l’argent entre 3,50 % et 3,75 % sans signal d’assouplissement. Des chiffres plus mous, en revanche, pourraient raviver les anticipations de baisse de taux et offrir un coup de pouce à l’or.
La Fed reste l’ancre du système. Tant qu’elle n’ouvre pas de perspective de détente, les rendements réels élevés pèsent sur le zéros-coupon qu’est l’or. C’est pourquoi les signaux d’inflation intégrés aux enquêtes ISM et la hausse des salaires dans le rapport sur l’emploi seront passés au crible. Un scénario complexe – marché du faible tonique mais prix toujours tenaces – rendrait la lecture encore plus délicate pour la banque centrale et amplifierait la volatilité du métal jaune.
La demande physique offre un tableau contrasté. Le World Gold Council a recensé 244 tonnes d’achats nets par les banques centrales au premier trimestre, soit 3 % de plus qu’un an plus tôt. Les ETF aurifères ont enregistré des entrées de 62 tonnes. La demande de bijoux, elle, s’est effondrée de 23 % sous l’effet des prix élevés. Les investisseurs institutionnels et les officiels soutiennent le marché, mais le consommateur final freine.
À ces facteurs s’ajoute l’incertitude géopolitique. Les discussions diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran ont récemment apaisé les tensions au Moyen-Orient, sans dissiper la fragilité sous-jacente de la région. Toute escalade rallumerait la quête de valeur refuge, mécanisme qui avait porté l’once au-delà des 5 000 dollars en début d’année.
Pour l’heure, l’or attend un déclencheur. La semaine macro fournira-t-elle assez de munitions aux acheteurs pour franchir les résistances, ou confirmera-t-elle la mainmise de la Fed ? La réponse scellera la direction de l’été.
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