À trois semaines de la publication des comptes du troisième trimestre 2026, Sanofi se retrouve dans une position singulière : celle d’un laboratoire dont le titre évolue à quelques encablures de son plus bas annuel, alors même que les analystes lui prêtent de solides arguments pour surprendre agréablement. Le groupe pharmaceutique a mis à disposition, mardi, son aide-mémoire destiné au marché, un document préparatoire qui précède traditionnellement la divulgation des résultats, fixée au 30 octobre 2026.
La veille, l’action avait gagné 1,6 % pour clôturer à 71,59 euros. Un rebond qui ne suffit toutefois pas à masquer la prudence ambiante : à 71,28 euros, la valorisation ne dépasse que de 1,9 % le plancher de 69,96 euros touché sur les douze derniers mois. Les investisseurs, en clair, attendent des preuves tangibles d’une accélération de l’activité avant de se repositionner franchement.
Deux lectures divergentes chez les analystes
Sur le court terme, le débat porte sur la capacité de Sanofi à dépasser légèrement le consensus au titre du trimestre écoulé. Michael Leuchten, chez Jefferies, en fait même la condition d’un relèvement de l’objectif annuel de chiffre d’affaires. Il anticipe un chiffre d’affaires trimestriel supérieur d’un point au consensus de marché, porté principalement par Dupixent : les ventes de l’anticorps immunologique pourraient, selon lui, dépasser les estimations de quatre points. Cette dynamique compenserait la faiblesse persistante de la division vaccins. Jefferies maintient sa recommandation d’achat avec un objectif de cours de 100 euros.
Richard Vosser, de JPMorgan, se montre plus mesuré. Il conserve une opinion neutre et vise 95 euros. À ses yeux, un solide résultat trimestriel et une simple confirmation des perspectives annuelles suffiraient à sécuriser les prévisions consensuelles. Ces deux positions résument la tension qui traverse le dossier : le quotidien tourne, mais les investisseurs réclament de la visibilité sur la manière dont Sanofi entend combler les futures expirations de brevets.
Regeneron : un premier rempart face à l’échéance de 2031
C’est précisément là que se joue la partie stratégique. En 2031, la protection intellectuelle de Dupixent, médicament phare du groupe, arrivera à son terme. Pour préparer cette échéance, Sanofi et Regeneron ont scellé, il y a une semaine environ, l’extension de leur partenariat en immunologie. Les deux partenaires prévoient de codévelopper et de commercialiser conjointement quatre anticorps de nouvelle génération. L’accord solde dans le même temps les contentieux qui avaient émaillé leur coopération passée.
Le montage financier est à la hauteur de l’enjeu : Sanofi versera 1 milliard de dollars à Regeneron en amont, tandis que les paiements conditionnels pourront atteindre 7 milliards de dollars. Les deux laboratoires se répartiront à parts égales les coûts de développement et de commercialisation, comme les bénéfices futurs. Depuis l’annonce, le titre a progressé de 1,3 %.
Cette alliance ne constitue toutefois qu’une première étape. Pour étoffer sa palette de produits avec des candidats suffisamment avancés, Sanofi devra vraisemblablement recourir à des acquisitions. Sa situation bilancielle le lui permet : Jefferies évalue sa capacité de financement pour des opérations de croissance externe entre 20 et 30 milliards d’euros, adossée à un flux de trésorerie opérationnel annuel d’environ 10 milliards d’euros.
Reste à savoir si le rapport du 30 octobre apportera les arguments chiffrés susceptibles de sortir le cours de sa torpeur. C’est là tout l’enjeu des prochaines semaines pour un dossier qui, entre promesses de pipeline et pression du calendrier, n’a pas fini de faire parler de lui.
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