L’annonce de l’acquisition de l’américain PTC a fait l’effet d’un coup de tonnerre chez les investisseurs de Schneider Electric. Le titre du groupe français a décroché de 13 % sur sept séances, terminant à 256,45 euros, sous son 200-jours de 268,21 euros. Un mouvement qui traduit surtout l’ampleur de l’engagement financier consenti par le management, plus qu’une défiance de fond sur la stratégie industrielle.
Car l’opération est hors norme. Avec un prix cash de 205 dollars par action, la valorisation des fonds propres de PTC atteint environ 22,6 milliards de dollars, soit près de 20,1 milliards d’euros. Jamais le groupe tricolore ne s’était lancé dans une telle acquisition. Pour la financer, il prévoit d’émettre des actions nouvelles à hauteur de 5 à 6 milliards d’euros, le solde — entre 16 et 17 milliards d’euros — passant par de la dette fraîche. Cette structure pèse lourdement sur le sentiment de marché, d’autant que la prime versée pour s’offrir le spécialiste américain du logiciel de conception ne passe pas inaperçue.
Le front des analystes se fissure
Face à cette défiance, deux camps s’affrontent. Jefferies a choisi de monter au créneau : la banque a relevé son objectif de cours de 289 à 323 euros tout en maintenant sa recommandation d’achat. Pour Lucas Ferhani, qui signe la note, le marché n’a tout simplement pas compris la nature de la transaction. Le dirigeant estime que la direction dispose des leviers pour regagner une partie de la confiance perdue, même si d’autres éléments demanderont davantage de temps.
La Deutsche Bank Research abonde dans ce sens, conservant sa position à l’achat avec un objectif de 325 euros et jugeant elle aussi la correction excessive. À l’inverse, J.P. Morgan a revu sa copie à la baisse dès le lendemain de l’annonce, abandonnant sa recommandation « surpondérer » pour « neutre ». Selon les médias, l’institut a parallèlement ramené son objectif de cours de décembre 2027 de 345 à 310 euros, invoquant des réserves sur les rachats de PTC et de Cognite ainsi que des doutes sur la discipline capitalistique future du management.
Un chantier industriel aux multiples chantiers
Au-delà des chiffres, la question de l’intégration opérationnelle reste entière. Comment fusionner les architectures logicielles et les forces de vente des deux entités sans heurts ? Le sujet préoccupe les observateurs. Stratégiquement, Schneider Electric cherche à marier son automatisation industrielle avec l’outil de conception des Américains, afin de concurrencer plus directement un Siemens. Le groupe table, d’ici la troisième année suivant le bouclage, sur des synergies de coûts d’environ 250 millions d’euros par an et des synergies de revenus de l’ordre de 800 millions d’euros.
Reste que le calendrier impose de la patience. L’opération doit encore recevoir le feu vert des actionnaires de PTC et des autorités compétentes, avec une finalisation espérée au troisième trimestre 2027. D’ici là, la direction devra démontrer que les synergies promises justifient l’endettement massif mobilisé.
Une seconde opération en parallèle
Le dossier PTC n’est pas le seul sur la table. Le même lundi, le conseil d’administration de la Shelly Group s’est prononcé en faveur de l’offre de la filiale SE 2026 A SAS, jugeant le prix de 70 euros par action juste et approprié. Le seuil minimal d’acceptation de 95 % demeure toutefois requis, et l’opération reste soumise à l’autorisation des autorités de régulation bulgares. Entre ces deux grands chantiers, les investisseurs surveilleront désormais la capacité du groupe à sécuriser les homologations réglementaires et à placer son augmentation de capital dans de bonnes conditions.
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