Le chiffre a de quoi faire sursauter. 63,3 millions d’euros de perte nette au premier semestre, contre 20,8 millions un an plus tôt. Et pourtant, la biotech française n’a pas cédé un pouce sur ses prévisions annuelles. Un paradoxe apparent qui résume bien la position inconfortable — mais potentiellement prometteuse — dans laquelle se trouve le groupe.
Le repli du chiffre d’affaires, passé de 97,6 à 65,8 millions d’euros, trouve son explication dans plusieurs facteurs conjoncturels : le retrait du circuit de distribution indirect, des effets de calendrier sur les livraisons d’IXIARO au ministère américain de la Défense, mais aussi des vents contraires géopolitiques qui pèsent sur la demande de vaccins du voyageur. À cela s’ajoutent des charges exceptionnelles, notamment liées à la résiliation d’un contrat portant sur le vaccin contre le chikungunya IXCHIQ® et des dépréciations de stocks.
Une trésorerie consolidée, une structure allégée
Le groupe a néanmoins reconstitué ses réserves : 121,5 millions d’euros de liquidités au 30 juin, contre 109,7 millions fin 2025. Cette amélioration doit beaucoup au programme de restructuration engagé, qui prévoit une réduction de 10 à 15 % des effectifs mondiaux, une redéfinition des priorités de recherche et un resserrement des opérations. La cession du site de Nantes à la métropole pour 6,2 millions d’euros, dont la finalisation est attendue en septembre, s’inscrit dans cette même logique. L’assemblée générale de juin avait d’ailleurs validé le transfert du siège social à Lyon, conséquence directe de cette fermeture.
Une opération de capital réservée, bouclée au deuxième trimestre, a par ailleurs apporté un produit brut initial de 37 millions d’euros — sur un montant total pouvant atteindre 84 millions. De quoi desserrer la contrainte de liquidité à court terme, même si le nombre d’actions ordinaires, désormais proche de 190 millions, rappelle que la dilution reste un frein structurel à la création de valeur par titre.
Le pipeline, véritable arbitre du dossier
C’est pourtant ailleurs que se joue l’essentiel. Le candidat vaccin contre la borréliose de Lyme, LB6V, développé avec Pfizer, concentre toutes les attentions. Malgré un seuil statistique manqué dans l’étude de phase 3 VALOR, le partenaire américain se dit optimiste et poursuit les discussions avec les autorités réglementaires. Les données de phase 3 avaient montré une efficacité de 73,2 % contre les cas confirmés de maladie de Lyme à partir de 28 jours après la quatrième dose, avec un bon profil de tolérance. Une soumission est envisagée dans les douze prochains mois.
TD Cowen a traduit cette perspective en recommandation d’achat, initiée mi-août avec un objectif de cours de 12 dollars, avant d’être relevée à « Strong Buy ». Le bureau d’études évoque un potentiel de revenus de licence de 590 millions d’euros à l’horizon 2035. Un pari assumé sur le long terme, qu’il convient de ne pas confondre avec la réalité comptable du moment.
Autre relais potentiel : le candidat vaccin contre la shigellose S4V2, développé avec LimmaTech Biologics. Les résultats d’une étude de phase 2 sur la sécurité chez les nourrissons et d’une étude de phase 2b en challenge humain sont attendus au troisième trimestre. Un succès renforcerait la crédibilité du portefeuille ; un échec fragiliserait un peu plus un sentiment déjà mitigé.
Un marché partagé entre deux horizons
La réaction boursière traduit cette ambivalence. Le jour de la publication, le titre a cédé 1,2 % à 2,43 euros. Sur sept jours, il affichait pourtant une progression de 8,6 % avant les chiffres — signe que les investisseurs avaient déjà intégré une partie des mauvaises nouvelles. Les performances sur un mois diffèrent selon les sources, l’une évoquant un gain de 9,1 % sur trente jours, l’autre un rebond de 5,3 % sur la semaine précédant l’annonce. Dans les deux cas, la tendance de fond reste fragile : le titre accuse toujours un repli de 35 % depuis le début de l’année et se situe 55 % sous son plus haut sur 52 semaines de 5,36 euros.
Au-delà des chiffres, c’est bien une question de temporalité qui se pose. D’un côté, des résultats semestriels dégradés et une restructuration en cours ; de l’autre, un potentiel de licence significatif adossé au programme Lyme, encore conditionné à des validations réglementaires. Les investisseurs présents au capital achètent dès lors une option sur 2035 — et doivent accepter la volatilité qui va avec.
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