Le spécialiste australien de la lutte anti-drones suscite décidément l’intérêt des grandes banques américaines. JPMorgan Chase a porté sa participation dans DroneShield à 6,68 % au 30 juillet, selon une déclaration transmise à la Bourse australienne (ASX) mardi. Une information qui prend tout son sens à la lumière du parcours récent du titre : début mai, la banque était totalement sortie de la zone de déclaration obligatoire, son empreinte étant passée sous le seuil des 5 %. Ce n’est que le 17 juillet qu’elle était réapparue dans les radars avec 5,15 %. Le mouvement actuel traduit donc un retour suivi d’un renforcement rapide, intervenu en l’espace de deux semaines seulement.
Reste que ces notifications d’actionnaires significatifs agrègent généralement les positions de plusieurs véhicules de gestion et ne permettent pas de distinguer un appétit stratégique affirmé d’effets techniques liés à l’activité de gestion d’actifs. La prudence s’impose donc dans l’interprétation. Citigroup a d’ailleurs, lui aussi, fait parler de lui le 5 août en déclarant détenir 52 537 753 actions, soit 5,6853 % du capital — un montage réalisé, selon plusieurs échos, principalement via des opérations de prêt de titres et de trading plutôt qu’une véritable décision d’investissement.
Une prévision revue à la baisse, un carnet de commandes solide
Le calendrier de cette montée au capital de JPMorgan n’en demeure pas moins singulier. Une semaine plus tôt, DroneShield avait amputé ses prévisions annuelles, ramenant son objectif de chiffre d’affaires pour l’exercice 2026 à une fourchette de 250 à 270 millions de dollars australiens, contre un consensus de marché qui avoisinait les 323 millions. Les revenus semestriels préliminaires, eux, affichent une progression de 74 % sur un an, à 125,8 millions de dollars australiens.
Cette apparente contradiction entre croissance soutenue et prudence managériale s’explique par l’écart entre les attentes des investisseurs et la vision réaliste de la direction. Celle-ci peut néanmoins s’appuyer sur un carnet de commandes déjà bien garni : 206 millions de dollars australiens de revenus fermes étaient sécurisés fin juillet pour 2026, soit environ 95 % du chiffre d’affaires total réalisé sur l’ensemble de l’exercice 2025. S’y ajoute une commande de 23,2 millions de dollars australiens décrochée le 28 juillet auprès d’un client militaire européen pour des systèmes de lutte anti-drones montés sur véhicules, via le revendeur COBBS BELUX BV.
Les marges sous pression, les analystes ajustent
La révision de trajectoire a immédiatement déclenché une salve d’ajustements côté bureaux d’études. Baxter Kirk, chez Bell Potter, a maintenu sa recommandation d’achat le 28 juillet tout en abaissant son objectif de cours à 2,50 dollars australiens. Le lendemain, Mark Yarwood de Petra Capital a emboîté le pas : « Acheter » inchangé, mais objectif réduit à 2,46 dollars australiens. Le consensus S&P Global, lui, est revenu à 2,75 dollars australiens début août, en repli de 27,42 % par rapport à l’estimation de 3,79 dollars australiens retenue fin juin.
La rentabilité brute constitue un autre motif de vigilance. Pour le premier semestre 2026, DroneShield table sur une marge brute d’environ 60 %, contre 65 % un an plus tôt. Le groupe invoque un mix produits modifié, des effets de change et une dépréciation de matières premières liée au déménagement d’un site de production et à la mise en place d’un nouveau système ERP. Les revenus récurrents, eux, ne représentent que 11,3 % du chiffre d’affaires semestriel — un poids encore modeste dans l’ensemble.
Un titre toujours loin de ses sommets
Côté Bourse, le titre a néanmoins repris des couleurs depuis l’annonce de la révision : +17,6 % après la chute initiale, puis encore +4,3 % depuis la publication des données sur le carnet de commandes et des compléments aux résultats semestriels mardi. À la clôture de vendredi, l’action s’échangeait à 1,37 euro sur la place allemande, en hausse de 4,07 % sur la journée. Elle reste toutefois distante de 63,88 % de son plus haut sur 52 semaines, atteint à 3,79 euros le 1er octobre.
Sur le plan opérationnel, DroneShield a continué d’étoffer son offre avec le lancement de RfAI-3, une troisième génération de sa technologie radio de détection de drones, capable d’identifier des signatures au-delà des schémas d’émission connus. La direction mise par ailleurs sur deux catalyseurs pour la seconde moitié de l’exercice : la Coupe du monde de football de mi-2026 et le « Safer Skies Act » américain, susceptibles de stimuler la demande institutionnelle et gouvernementale.
Les investisseurs auront l’occasion d’y voir plus clair le 26 août, date de publication des résultats semestriels complets, suivie le lendemain d’une conférence téléphonique avec la direction. L’enjeu : déterminer si la prévision révisée est suffisamment solide pour rassurer durablement un marché encore marqué par la déception.
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