L’action Micron Technology évolue dans une zone de turbulences qui interroge autant qu’elle divise. Après un parcours boursier éblouissant — le titre affiche encore une progression de 201,82 % depuis le début de l’année —, la valeur a décroché de 31,07 % par rapport à son plus haut sur 52 semaines. De quoi raviver le vieux réflexe des investisseurs : et si le cycle de la mémoire recommençait à mordre ?
La nervosité s’est accentuée jeudi, quand l’action a touché son plus bas niveau en deux mois, avant d’ouvrir vendredi en repli de 1,56 % à 753,10 euros. Le titre évolue désormais environ 11,59 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, signe que la respiration amorcée ces dernières semaines s’essouffle.
Des ventes d’initiés qui alimentent le doute
Au cœur des préoccupations : les cessions d’actions réalisées par le directeur général, Sanjay Mehrotra. Selon une déclaration obligatoire déposée auprès de la SEC, le dirigeant a vendu le 24 juillet 40 000 titres pour un montant total d’environ 37,3 millions de dollars. Une première tranche de 31 285 actions a rapporté 37,3 millions de dollars, complétée par 8 715 titres supplémentaires valorisés à près de 8,29 millions de dollars. Ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’un plan de négociation Rule 10b5-1 mis en place en janvier, un mécanisme automatisé qui prédéfinit les transactions des initiés. Si ce dispositif permet d’écarter l’hypothèse d’un signal délibéré, l’ampleur des montants laisse planer un doute que les investisseurs peinent à ignorer.
Des fondamentaux qui racontent une autre histoire
Car sur le plan opérationnel, la démonstration de force se poursuit. Lors de la conférence Future of Memory and Storage, Micron a révélé que ses contrats stratégiques avec des clients couvrent désormais environ 40 % de son volume de ventes, instaurant un mécanisme de stabilisation des prix inédit dans l’histoire des cycles de la mémoire. Un argument de poids pour ceux qui refusent de juger le groupe à l’aune des effondrements passés du secteur.
La transformation structurelle ne s’arrête pas là. Deutsche Bank, par la voix de l’analyste Melissa Weathers, a confirmé sa recommandation d’achat après la conférence, soulignant que la mémoire représente désormais près de 50 % de la valeur totale d’un serveur d’IA, contre environ 10 % il y a trois décennies. Une métamorphose qui justifie, selon elle, une réévaluation durable du modèle de Micron.
Les chiffres publiés en juin pour le troisième trimestre fiscal clos le 28 mai confortent cette lecture : un chiffre d’affaires de 41,46 milliards de dollars et un bénéfice par action de 25,11 dollars, nettement au-dessus des 20,49 dollars anticipés par les analystes. La direction indique par ailleurs que ses puces HBM3E et HBM4 sont déjà vendues jusqu’en 2027, avec des premières commandes qui s’étendent jusqu’en 2028. Le budget d’investissement pour l’exercice en cours a été relevé à environ 27 milliards de dollars, et le groupe prévoit des dépenses supérieures à 40 milliards pour 2027.
Des investissements qui parlent
L’entreprise ne se contente pas d’aligner les annonces. Le 9 juillet, elle a dévoilé un programme d’investissement stratégique pouvant atteindre 3 milliards de dollars pour renforcer la chaîne semi-conducteurs américaine, accompagné du premier coulage de béton pour sa nouvelle usine dans l’État de New York. Trois jours plus tôt, un accord d’approvisionnement en mémoire à long terme avait été signé avec Ford pour sécuriser la chaîne logistique automobile.
Sur le front technologique, Micron a présenté vendredi avec Microchip Technology une solution de stockage PCIe Gen 6. La SSD 9650, premier lecteur Gen 6 produit en série pour les centres de données et les systèmes d’IA, promet des débits nettement supérieurs pour les charges de travail intensives. Une démonstration qui ancre un peu plus Micron dans les feuilles de route technologiques des prochaines années.
Le secteur tout entier sous pression
La déconvenue boursière ne se limite pas à Micron. Mercredi, Western Digital, Applied Materials, Marvell, AMD et Nvidia ont tous nettement reculé, emportés par des craintes de valorisations excessives dans l’IA et un ton prudent lors de la publication de résultats préliminaires de Samsung. S’y sont ajoutés des informations selon lesquelles le chinois DeepSeek développerait sa propre puce d’IA pour réduire sa dépendance à Nvidia et Huawei — un signal de concurrence nouvelle dans l’un des segments les plus porteurs du secteur.
Même les nouvelles positives n’ont pas inversé la tendance. Amazon a pourtant relevé son plan d’investissement à 220 milliards de dollars, citant explicitement la hausse des coûts de la mémoire comme moteur — un indicateur a priori favorable à la demande pour les puces de Micron. L’action a néanmoins poursuivi sa baisse jeudi, illustrant la fébrilité ambiante quant à la pérennité de la vague d’investissements dans l’IA.
Des analystes partagés entre prudence et optimisme
La bataille des objectifs de cours résume à elle seule l’ambiguïté du moment. Citi a réduit son objectif de 1 400 à 1 150 dollars, tout en maintenant sa recommandation d’achat, invoquant une correction des valorisations à l’échelle du secteur et un ralentissement attendu de la progression des prix de la mémoire. Un revirement net, après un relèvement de 1 200 à 1 400 dollars fin juin.
Bank of America campe sur des positions plus haussières. Vivek Arya a réaffirmé lundi sa recommandation d’achat avec un objectif de 1 550 dollars, qualifiant le repli d’environ 34 % depuis le pic de juin de simple anticipation d’un « downcycle » qui n’a pas encore commencé. Même en cas de chute de 30 à 40 % des prix de la mémoire en 2028, la banque estime le bénéfice par action à environ 100 dollars — bien supérieur à celui du précédent boom de 2018. Certains analystes vont plus loin encore, avec des objectifs atteignant 2 000 dollars, appuyés sur des contrats d’approvisionnement pluriannuels avec les hyperscalers qui pourraient sécuriser jusqu’à la moitié des revenus de Micron.
Le volet politique s’invite dans l’équation
Le dossier comporte aussi une dimension géopolitique. Le Wall Street Journal rapporte que Micron fait pression sur l’administration américaine — en particulier le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et le secrétaire au Trésor Scott Bessent — pour interdire à Apple d’acheter des puces mémoire aux fabricants chinois CXMT et YMTC pour ses appareils vendus hors des États-Unis. Seul grand producteur américain de mémoire, Micron redoute qu’un basculement des géants technologiques vers les fournisseurs chinois n’affaiblisse la production nationale. Un groupe bipartisan de sénateurs, mené par le républicain Jim Banks et le démocrate Chuck Schumer, a donné à Apple jusqu’au 21 août pour s’engager publiquement à ne pas recourir aux puces de CXMT et YMTC.
La publication des prochains résultats trimestriels, attendue le 22 septembre selon les médias, pourrait offrir un nouveau cap à ce débat. D’ici là, la mémoire vive de Micron reste suspendue à une question simple : le marché a-t-il déjà intégré le pire, ou commence-t-il seulement à en mesurer l’ampleur ?
Publicité
Actions Micron Technology: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Micron Technology et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Micron Technology entièrement gratuite : En savoir plus ici !

