La séance de vendredi restera gravée dans les mémoires des opérateurs sur le marché des métaux précieux. L’once d’or a terminé à 4.401,40 dollars, soit une progression de 2,37 % en une seule journée, portant le gain hebdomadaire à 7,39 %. Un souffle qui propulse le métal jaune à son plus haut niveau depuis deux mois, après une première moitié d’année marquée par une correction parfois douloureuse.
Un rapport sur l’emploi qui rebat les cartes monétaires
Le déclencheur de cette flambée ? Le rapport mensuel sur l’emploi américain, publié vendredi, a réservé une surprise de taille. Le Bureau of Labor Statistics a en effet fait état d’une contraction de 23.000 postes sur le mois, là où le consensus des économistes tablait sur une création nette de 80.000 emplois. Les salaires et le taux de participation ont également fléchi, affaiblissant la portée du recul du taux de chômage à 4,1 %.
Cette déception a immédiatement recomposé le paysage des paris monétaires. La probabilité d’un tour de vis de la Réserve fédérale en septembre est tombée de 57 % à environ 44 %, tandis que près de 60 % des intervenants anticipent désormais un statu quo. Dans la foulée, les rendements des emprunts d’État américains ont reflué, réduisant d’autant le coût d’opportunité de détention d’un actif qui ne verse aucun coupon.
Reste que la trajectoire de la banque centrale américaine demeure loin d’être gravée dans le marbre. Son président, Kevin Warsh, en poste depuis le 22 mai, conserve une réputation de faucon en matière d’inflation. Les regards se tournent à présent vers l’indice des prix à la consommation, attendu le 12 août, qui devrait donner le la pour la suite. Un autre indice des prix, celui des producteurs, est également programmé, tout comme les inscriptions hebdomadaires au chômage et les anticipations d’inflation de l’Université du Michigan pour août.
Pékin muscle ses réserves, Séoul emboîte le pas
Mais la vigueur du métal jaune ne tient pas qu’aux aléas de la conjoncture américaine. La demande structurelle des banques centrales continue de tisser sa toile. Selon Caixin Global, la banque centrale chinoise a ainsi porté ses réserves d’or à 76,08 millions d’onces en juillet, marquant un vingt-et-unième mois consécutif d’achats et le plus important accroissement mensuel depuis 2023. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté affichée de diversification des réserves de change, au détriment du billet vert.
Le mouvement gagne du terrain bien au-delà de Pékin. La Corée du Sud a renoué, au deuxième trimestre, avec des acquisitions d’or via les circuits officiels, une première en treize ans. Le World Gold Council rapporte par ailleurs que 89 % des banques centrales interrogées anticipent une poursuite de la hausse de leurs réserves aurifères sur les douze prochains mois. Les chiffres donnent le vertige : selon une étude de la Banque centrale européenne, l’or représentait déjà 27 % des réserves mondiales officielles fin 2025, devançant pour la première fois les bons du Trésor américains, cantonnés à 22 %.
Un autre visage de la demande chinoise
À cette soif institutionnelle s’ajoute un phénomène moins médiatisé, venu de l’empire du Milieu. Les chambres de compensation constatent en effet que les investisseurs institutionnels chinois continuent de bâtir des positions longues sur les produits adossés à l’or. Leur motivation a toutefois changé de nature : il ne s’agit plus seulement de se prémunir contre les risques géopolitiques, mais bien de se couvrir contre la volatilité des valeurs technologiques domestiques. Un glissement dans les comportements d’allocation qui apporte un soutien supplémentaire au marché physique.
Un contexte géopolitique à double tranchant
Le tableau serait incomplet sans évoquer les tensions au Moyen-Orient. Les nouvelles frictions dans le détroit d’Ormuz ont ravivé la pression sur les cours du pétrole, ranimant du même coup les craintes inflationnistes et, par ricochet, les spéculations sur un resserrement monétaire à court terme. Le marché évolue donc entre deux signaux contradictoires : des statistiques de l’emploi dégradées qui plaident pour un assouplissement, et des risques énergétiques qui alimentent les angoisses sur les prix. Une configuration qui promet de maintenir une volatilité certaine sur les matières premières.
Les maisons d’analyses restent confiantes
Malgré ce rebond spectaculaire, l’once demeure nettement en deçà de son record absolu, touché fin janvier. La correction du premier semestre avait pesé sur le métal, tandis que la demande joaillière et les ETF aurifères enregistraient des sorties au deuxième trimestre. L’épisode actuel démontre en tout cas la rapidité avec laquelle les impulsions géopolitiques et monétaires peuvent inverser la tendance.
Les perspectives à moyen terme restent, elles, résolument positives. La Dekabank vise un cours de 4.350 dollars à six mois, tandis que Goldman Sachs projette 4.900 dollars d’ici décembre. Les deux établissements fondent leurs anticipations sur la persistance des achats officiels et sur le scénario d’une baisse des taux réels américains. L’indicateur RSI, qui culmine à 66,5, signale certes une proximité avec la zone de surachat, sans toutefois y être encore entré — un signe de pression acheteuse soutenue, mais aussi une invitation à la prudence pour les chasseurs de sommets.
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