À première vue, tout sourit à DroneShield. L’entreprise vient de signer un partenariat stratégique avec le spécialiste néerlandais de la mobilité tactique Defenture sur le salon Eurosatory à Paris, et elle aligne coup sur coup deux contrats majeurs aux États-Unis – l’un de 19,3 millions de dollars avec le Pentagone, l’autre de 13,8 millions avec les gardes-frontières. Pourtant, l’action stagne à 1,71 euro, 53 % sous son pic d’octobre, et le marché continue de bouder la valeur. Le paradoxe est frappant.
Une fusion de savoir-faire pour la mobilité antidrone
La déclaration d’intention signée mercredi entre DroneShield et Defenture prévoit d’intégrer les systèmes de brouillage et de détection de l’australien dans les véhicules tactiques du groupe néerlandais – notamment les modèles Mammoth et GRF. L’objectif est clair : neutraliser les drones ennemis en plein mouvement, sans arrêt du véhicule. Louis Gamarra, directeur commercial de DroneShield, insiste sur l’énorme potentiel de ces solutions pour les forces armées qui évoluent dans des environnements dynamiques.
Les deux partenaires entament immédiatement des tests d’interopérabilité et des campagnes commerciales conjointes. L’alliance vise à décrocher de nouveaux contrats dans la défense sol-air mobile, segment où la demande explose.
Des mégacontrats américains qui dopent les chiffres
Côté commandes, DroneShield engrange. Début juin, l’entreprise a décroché un contrat-cadre de cinq ans avec la Joint Interagency Task Force 401 du département américain de la Défense, d’une valeur initiale de 19,3 millions de dollars, plus 5,6 millions d’options. Au moins 10 millions seront comptabilisés dans l’exercice en cours. Quelques jours plus tard, un second contrat de 13,8 millions a été signé avec les gardes-frontières américains pour des systèmes déployés au Texas.
Ces deux deals couvrent à la fois des équipements mobiles et fixes de lutte antidrone, avec abonnements logiciels et maintenance. Sur l’ensemble de l’exercice, DroneShield affiche un chiffre d’affaires ferme de 155 millions de dollars australiens. Le pipeline est colossal : 66 projets en Europe pour 1,3 milliard de dollars australiens, 127 projets aux États-Unis pour 303 millions, et 28 en Asie pour 272 millions.
L’enquête ASIC reste la chape de plomb
Pourquoi ce décalage avec la Bourse ? La réponse tient en trois lettres : ASIC. Depuis le 12 mai 2026, le gendarme boursier australien examine les communications et les transactions sur le titre intervenues en novembre 2025. À l’époque, le fondateur et PDG Oleg Vornik ainsi que l’ex-président Peter James avaient vendu la totalité de leurs participations, suscitant un tollé.
DroneShield a tenté d’apaiser les esprits : en février 2026, une nouvelle règle de détention minimale pour les dirigeants a été imposée après une révision de gouvernance indépendante. En avril, Vornik a quitté la direction après plus de dix ans, remplacé par Angus Bean, sixième employé de l’histoire et ex-directeur technique. Peter James a lui aussi quitté le conseil lors de l’assemblée générale de mai. Hamish McLennan, administrateur chevronné issu des médias et de la technologie, a pris la présidence. Mais la procédure suit son cours, et le marché reste méfiant.
Des capacités de production quintuplées pour répondre à la demande
Malgré le climat boursier, DroneShield investit massivement. L’entreprise prévoit de porter sa capacité de fabrication de 500 millions à 2,4 milliards de dollars australiens par an d’ici la fin 2026. De quoi absorber la montée en puissance des commandes, notamment en Europe où une usine a récemment été inaugurée.
Le bureau d’analyses Ord Minnett, qui a entamé un suivi prudent du dossier, anticipe une phase de consolidation après la croissance fulgurante de 269 % enregistrée lors de l’exercice FY25. Selon lui, la dynamique de nouveaux contrats devrait ralentir jusqu’en FY27 avant de repartir en FY28, portée par l’entrée sur les marchés civils.
Un test décisif en août
Les prochains rendez-vous ne manquent pas. En août 2026, DroneShield publiera ses résultats semestriels. Ils devront démontrer que la capacité étendue en Europe se traduit effectivement par des revenus plus élevés. D’ici là, la pression baissière reste forte : l’action évolue bien sous sa moyenne mobile à 50 jours (2,02 euros), et le RSI, à 38, indique une zone de survente qui n’a pas encore épuisé le courant vendeur. L’alliance avec Defenture, si elle débouche vite sur des contrats chiffrables, pourrait être le catalyseur qui manque au titre pour sortir de l’ornière.
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