La trajectoire boursière de DroneShield ressemble à un électrocardiogramme. Après la secousse provoquée fin juillet par une révision à la baisse de ses prévisions annuelles, le spécialiste de la lutte anti-drones a repris des couleurs. Mercredi, le titre a clôturé à 1,39 euro, en hausse de 6,33 % sur la séance — et de 27,66 % sur une semaine. Une remontée spectaculaire, mais qui laisse encore le cours très loin de ses sommets de l’année.
Une prévision prudente, un carnet bien rempli
Tout est parti d’un chiffre : 250 à 270 millions de dollars australiens de revenus attendus pour 2026, contre environ 323 millions espérés par le consensus. La déception a été vive, d’autant que la publication du 28 juillet faisait par ailleurs état d’une croissance opérationnelle solide. Les revenus préliminaires du premier semestre 2026 atteignent 125,8 millions de dollars australiens, en progression de 74 % sur un an, dont 14,2 millions issus des logiciels et abonnements — soit 11,3 % du chiffre d’affaires total.
Le point qui a le plus retenu l’attention des analystes reste toutefois la dégradation de la marge brute, passée de 65 % à 60 % en un an. DroneShield l’explique par la composition des ventes et des dépréciations sur matières premières. Une combinaison — croissance robuste, rentabilité en repli, guidance prudente — qui a suffi à déclencher la vague de ventes.
Pour rassurer sur la visibilité, l’entreprise a mis en avant un carnet de commandes fermement contractées de 206 millions de dollars australiens au 28 juillet, représentant environ 95 % de l’ensemble des revenus de l’exercice 2025. Un argument de poids pour accréditer l’idée que la prévision révisée est conservatrice, et non le signe d’un essoufflement de la demande.
Les investisseurs institutionnels jouent la contre-attaque
Le comportement de certains grands investisseurs plaide d’ailleurs en ce sens. JPMorgan Chase & Co. a porté sa participation déclarée de 5,15 % à 6,68 % entre le 17 et le 30 juillet, soit environ 61,7 millions d’actions, selon une déclaration obligatoire à la Bourse australienne. Le fait qu’une grande banque américaine ait renforcé sa position précisément durant la semaine du choc de guidance en dit long sur la lecture qu’elle fait de la situation : une question de valorisation, pas une remise en cause fondamentale du modèle.
Côté analystes, les avis restent partagés. Bell Potter Securities a confirmé sa recommandation d’achat le 28 juillet, avec un objectif de cours ramené à 2,50 dollars australiens, tout en reconnaissant que la nouvelle guidance se situe 17 % à 23 % sous les estimations consensuelles antérieures. Jefferies & Co. se montre plus circonspect : rating « sous-performance » maintenu le 24 juillet, objectif amputé de 27 % à 2,05 dollars australiens, en raison de prévisions de revenus revues à la baisse pour la période 2026-2028. Entre les deux, Petra Capital a conservé sa recommandation d’achat avec une cible de 2,45 dollars australiens. La défiance n’est donc pas unanime, loin s’en faut.
Des contrats et une technologie qui parlent d’eux-mêmes
Sur le plan opérationnel, les annonces récentes ont de quoi nourrir le récit de croissance. DroneShield a décroché un contrat de 23,2 millions de dollars australiens portant sur des systèmes anti-drones montés sur véhicules, via son revendeur COBBS BELUX BV, pour le compte d’un client militaire européen non identifié. Le même jour, l’entreprise a dévoilé RfAI-3, la troisième génération de sa technologie de détection par radiofréquence basée sur l’intelligence artificielle, capable d’identifier des menaces de drones inconnues, même en l’absence de signatures dans les bibliothèques existantes. Les livraisons matérielles sont attendues au second semestre 2026.
Le conseil d’administration s’est également renforcé avec l’arrivée, depuis le 1er juillet, du contre-amiral à la retraite Lee Goddard CSC en qualité d’administrateur indépendant non exécutif. Son parcours au sein de la Royal Australian Navy et dans des postes de direction liés à la sécurité nationale apporte une crédibilité certaine dans les circuits d’approvisionnement militaires.
L’ombre de l’ASIC demeure
Reste un point d’inquiétude persistant : l’enquête de l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC), ouverte en mai 2026, portant sur les pratiques de divulgation de DroneShield en lien avec des ventes d’actions par d’anciens dirigeants, pour un volume de 66,8 millions de dollars australiens, intervenues en novembre 2025. Cette procédure, dont l’issue reste incertaine, justifie à elle seule une certaine prudence, indépendamment de la santé opérationnelle de l’entreprise.
Le titre évolue toujours environ 8 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, ce qui suggère que le récent rebond relève davantage d’un mouvement technique après des niveaux de survente que d’une réévaluation fondamentale. Le véritable test interviendra le 26 août, avec la publication des résultats semestriels audités, suivie le lendemain d’une conférence investisseurs. D’ici là, le marché oscillera entre la crainte d’une guidance jugée trop prudente et la confiance inspirée par un carnet de commandes bien garni.
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