Jamais deux sans trois. Pour la troisième séance consécutive, l’once d’or a terminé en hausse mercredi, s’adjugeant 3,88 % sur la journée pour clôturer à 4 294,60 dollars. Un bond spectaculaire qui doit moins à la dynamique propre du marché aurifère qu’à une alchimie particulière entre diplomatie et conjoncture.
La nouvelle a surgi de la péninsule Arabique. Le Qatar a annoncé mardi avoir soumis un compromis intérimaire pour résoudre le différend qui paralyse le trafic dans le détroit d’Ormuz depuis cinq mois. Washington et Téhéran ont, en parallèle, fait état d’avancées dans les discussions, le président Trump évoquant même un accord potentiel dès mercredi et des « très bonnes discussions » entre les deux capitales. L’Iran aurait par ailleurs négocié directement avec Oman et autorisé certains pays européens à participer au déminage de cette voie maritime stratégique.
Cette perspective de réouverture de la route pétrolière la plus fréquentée du globe a mécaniquement détendu les cours du brut, qui ont cédé environ 10 % sur la semaine. Or, un pétrole moins cher signifie une pression inflationniste allégée — et donc une marge de manœuvre élargie pour la Réserve fédérale. C’est précisément ce calcul qui a propulsé l’or vers de nouveaux sommets.
Un marché de l’emploi qui vacille
Le second étage de la fusée est venu des chiffres. L’enquête ADP a fait état de seulement 44 000 créations de postes dans le secteur privé américain en juillet, contre 70 000 anticipées par les économistes. Il s’agit de la performance la plus faible depuis janvier. Dans la foulée, la probabilité d’un tour de vis monétaire de la Fed en septembre est tombée de 67 % à 57 %.
Tous les membres de l’institution ne partagent toutefois pas cette lecture. Jeff Schmid, le président de la Fed de Kansas City, a rappelé que des resserrements supplémentaires pourraient s’avérer nécessaires pour ramener l’inflation vers l’objectif de 2 %. Une position qui demeure minoritaire au sein du comité, mais qui témoigne des fractures internes persistantes.
Le dollar, lui, a encaissé le choc : l’indice dollar est retombé lundi à son plus bas niveau en sept semaines, les investisseurs délaissant la devise américaine au profit d’actifs plus risqués.
Des soutiens structurels toujours en place
Au-delà de ces impulsions conjoncturelles, la demande de fond reste vigoureuse. Les ETF aurifères chinois continuent d’enregistrer des entrées nettes, tandis que les investisseurs institutionnels défendent le seuil psychologique des 4 000 dollars. Les banques centrales, de leur côté, ont acheté environ 289 tonnes d’or au deuxième trimestre 2026, un volume nettement supérieur à celui du trimestre précédent, avec la Pologne et la Chine en tête des acquéreurs.
D’un point de vue technique, la vigueur du mouvement mérite d’être soulignée : le cours évolue 2,72 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours (4 181,08 dollars), tout en restant 5,25 % sous sa moyenne à 200 jours (4 532,66 dollars). L’indice RSI, à 61,5, témoigne d’un élan haussier qui n’a pas encore basculé en zone de surachat.
Les regards se tournent désormais vers vendredi, lorsque le département du Travail publiera son rapport complet sur l’emploi de juillet. Si ces chiffres confirment la faiblesse suggérée par l’enquête ADP, les attentes d’assouplissement pour la réunion de septembre s’en trouveraient renforcées — et l’or pourrait bien poursuivre son ascension. À condition, toutefois, que les négociations sur Ormuz ne réservent pas de mauvaise surprise.
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